Lectures avril 2019

Récap’ de mes lectures d’Avril 2019

Temps de lecture estimé : 13 minutes

Lectures avril 2019

La tour et le fou

La tour et le fou

Reproduire en conditions réelles les circonstances et le déroulement des attaques du 11 septembre, avec de vraies avions et les tours reconstruites à l’identique. Tel est le pari fou que se lance le héros de ce roman atypique.

Fou. Le terme n’est pas usurpé tant l’entreprise parait insensée et par certains aspects, chimérique.

Et pourtant, pied à pied, au prix d’intenses efforts, et de la contribution de nombreux participants, le projet parvient à se monter.

Avec La tour et le fou, Christoff Chinsky signe un roman à l’apparence burlesque mais dont le fond est pourtant d’une incroyable justesse. 
A l’heure des fake news et du complotisme facile et généralisé, l’auteur nous gratifie d’une satire incroyablement actuelle d’une société dans laquelle n’importe quel business peut voir le jour. 

Malgré les intentions louables du héros, qui se heurte malgré tout aux réticences tout autant qu’à la violence de ceux que le projet mettrait en porte à faux, le projet mis en oeuvre ressemble au départ à une vaste blague dont on peine pourtant à croire que, au fil du récit, il puisse prendre corps et aboutir. Quel que soit son issue d’ailleurs !

Le plus fascinant dans ce roman n’est finalement pas sa chute, mais bien toutes les arcanes du récit qui conduisent le lecteur dans des états émotionnels plus que variés.

J’ai eu la chance de pouvoir échanger avec l’auteur et prévoie de faire un retour plus complet sur ce roman qui est clairement mon coup de coeur de ce mois d’avril.

Un roman prenant, servi par la plume efficace et plaisante de son auteur.

3 secondes

3 secondes

Je me suis lancé dans la lecture de cette trilogie après avoir reçu un exemplaire de « 3 minutes » (cf. infra) dans le cadre du festival « Quai du Polar ».

J’ai découvert alors cette série, sans trop d’a priori.

Ce premier opus repose sur un propos relativement confus, au rythme terne, qui ne décolle qu’au deux tiers du roman.

Il souffre par ailleurs des principaux défauts de la littérature scandinave en général, et suédoise en particulier, à savoir un style trop direct, qui voit se tutoyer les gens instantanément, et surtout, une démarche d’auto-flagellation permanente.

Ainsi, sous couvert d’une critique sévère des méthodes employées dans leur pays, ici de la police suédoise en matière d’infiltration des organisations narco-trafiquantes, les auteurs se livrent en fin de compte comme à une sorte d’exercice d’excuses ininterrompu.

Si on comprend rapidement qu’ils ne cautionnent pas les pratiques décrites, le récit vient à souffrir tout aussi rapidement puisque le style adopté tend irrémédiablement vers ce seul point de vue.

L’action se déroule donc sans véritablement d’intérêt, la tension finale étant elle-même noyée dans une prose laborieuse.

Un premier tome finalement assez peu engageant de mon point de vue, qui me laissait redouter le pire pour l’ouvrage suivant…

3 minutes

3 minutes

3 minutes met donc en scène les mêmes protagonistes que dans « 3 secondes ».

Mais contrairement à l’opus précédent, les choses sont ici beaucoup plus intenses, beaucoup plus prenantes et autrement plus épiques.

Plongés dans l’enfer des cartels colombiens, nos suédois se trouvent impliqués dans le trafic de drogue dans tout ce qu’il a de violent, d’impitoyable et de destructeur.

Tout aussi moralisateur que « 3 secondes », « 3 minutes » parvient pourtant à diluer cet aspect dans un mélange d’action et de tension savamment dosé.

Le climax final, qui donne évidemment son nom au roman, est très réussi et nous scotche page après page.

Un bien meilleur roman que le précédent, qui, s’il n’est pas nécessairement mieux écrit, propose un bien meilleur moment à passer.

La vie secrète des écrivains

La vie secrète des écrivains

Je dois vous avouer un truc : c’est mon premier Guillaume Musso…

Mais pourquoi, alors qu’il s’agit de l’un des auteurs francophones les plus lus et les plus vendus ?

Justement. Comme j’ai pu le dire ici ou là, j’ai une méfiance naturelle vis à vis des auteurs à « succès ». Malgré tout, le titre de ce nouvel opus a éveillé en moi une certaine curiosité.

D’autant que Pitch était lui aussi alléchant.

Je ne me prononcerais donc pas sur le positionnement de ce livre particulier dans l’oeuvre global du Sieur Musso, en cela que je serais bien incapable de dire s’il en constitue une pièce maîtresse ou à l’inverse une anomalie oubliable.

En tant que roman en lui-même, La vie rêvée des écrivains n’est pas déplaisant à lire. Le style et l’intrigue y sont très convenus, un peu comme dans un exercice d’atelier d’écriture, mais on se laisse du coup tout de même emporter par l’histoire qui, derrière un véritable postulat « qu’est-ce qui peut pousser un écrivain à succès à la retraite », dissimule une intrigue policière déjà vue.

Ça ne rend toutefois pas l’ouvrage inintéressant, ne serait-ce que pour ses quelques descriptions du sud, si joliment présenté.

Le jour où Apple à acheté la Grèce

Le jour où Apple

C’est un fait : la multinationale Apple, qu’on déteste adorer ou qu’on adore détester, possède autant de réserves que le montant de la dette de la Grèce…

De là à imaginer ce qu’un analyste de la compagnie pommée, s’apercevant de cette singularité, puisse proposer à son patron Tim Cook, il n’y a qu’un pas que l’auteur nous propose d’explorer avec brio.

Très au fait de l’organisation de l’entreprise et de ses méandres, l’auteur nous emmène en même temps que le CEO à la perspective pas si folle d’exploiter les montagnes de cash disséminée sur la planète à un projet potentiellement risqué, mais probablement très rémunérateur.

Mettant en lumière le cynisme certain du monde de la finance, il illustre surtout que l’échelle de valeur, passé un certain seuil, n’est plus la même pour tous. Quand certains compte les centimes à la caisse, d’autres évoques les milliards comme des anomalies statistiques.

Reste que la réalité des chiffres n’est pas forcément celle de la finance. Les 256 milliards de dette grecque ne sont pas tout à fait la même chose que les montants de la réserve d’Apple, comme il ne sont pas non plus tout à fait 256 milliards d’Euros en espèces sonnantes et trébuchantes.

Ces montants là s’échangent dans le royaume de la fiction où l’argent n’a pas de support ni aucune odeur. Pourtant, par delà les zéro qui s’accumulent, quelqu’un paye bien pour cela, faisant reposer la fiction financière sur la réalité de l’économie.

Tout est-il que ce roman donne bel et bien à réfléchir et nous entraine dans un rythme et un style plaisant aux côtés de personnages attachants que l’on a plaisir à côtoyer au fil des pages.

L’Utopie

L'utopie

La lecture de ce grand classique philosophique m’a été inspirée directement par la lecture de l’ouvrage cité ci-dessus puisqu’il y fait explicitement référence au cours d’un passage au cours duquel le texte est discuté par deux personnages.

C’était le prétexte rêvé pour se (re)plonger dans ce fondamental de la littérature et de la pensée occidentale.

Il est malaisé de commenter le texte en lui-même pour son style ou son rythme. Son caractère de traité, même s’il est libellé sous la forme d’un récit, ainsi que la date à laquelle il a été produit, interdisent de critiquer la forme, tout du moins sans le mettre dans la perspective de l’époque ou du genre, chose que je serais ici bien incapable de faire.

Mais c’est bien plutôt sur le fond, que cet ouvrage doit d’être appréhendé.

Dire que le modèle de société décrit par Thomas More n’est pas celui mis en oeuvre dans nos démocraties actuelles est un euphémisme. Le caractère utopique dessine à la fois un optimum organisationnel et philosophique lointain et difficile à atteindre autant qu’un modèle « parfait » d’harmonie et de félicité.

L’utopie, telle qu’on l’entend de nos jours, revêt également une connotation péjorative en ce qu’elle incarne un potentiel inatteignable et donc frictionnel par essence. Sur ce présupposé empirique, se greffe tous les raisonnements tendants à démontrer que l’un ou l’autre des systèmes d’organisation de la société (et pas seulement les régimes politiques donc) parviennent à apporter autant de bonheur, de richesses et de sécurité, sinon plus que l’utopie, dont la recherche est à la fois vaine et dangereuse.

Aussi belle soit-elle décrit, l’utopie de Thomas More ne serait toutefois valable que si l’ensemble des corps constitués en jouaient le jeu. La nature humaine étant ce qu’elle est, et le contexte mondial ayant plus que largement évolué depuis le XVIe siècle, le pari semble en l’état, très douteux.

Il n’en reste pas moins que ce texte fondateur reste une référence, dans laquelle il est bon de se replonger, ne serait-ce que pour entrapercevoir ce que l’optimisme peut projeter de la nature humaine.

Le Reich de la lune

Le reich de la lune

Je dois confesser avoir été stupéfait lorsque j’ai découvert ce livre.

Stupéfait tout d’abord que quelqu’un ait eu l’idée d’écrire sur la base de ce Pitch. J’avoue avoir presque été jaloux de ne pas en avoir eu l’idée !

Stupéfait ensuite que ce livre ait été adapté en image, preuve qu’il existe encore des producteurs fous, ambitieux ou visionnaires. L’histoire jugera.

Vue comme ça, l’histoire à tout du nanard bidon. Et pourtant, l’histoire se déroule avec un sérieux et un axe de détails propre à faire rougir bon nombre d’autres productions littéraires qui se veulent bien au dessus de la mêlée !

Excellemment bien écrit, cette uchronie à base de Nazis ayant survécu à la seconde guerre mondiale pendant plusieurs décennies et retournant sur terre en plein XXIe siècle est à la fois terriblement drôle mais tout autant donnant matière à réflexion sur notre rapport au temps et nos bulles de confirmation.

Je sais qu’une suite, filmique, lui est prévue. Je doute pour le coup que cela soit animé des mêmes intentions que le matériau de départ. A voir. Ou pas.

J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu

Le fil du mensonge

Ce qui rend cet énième ouvrage politique séduisant, n’est pas tant son projet « politique » ni même, même s’il faut bien admettre son talent d’écriture, à la plume de son auteur, mais bien la démarche de documentation qu’il prétend mettre en oeuvre.

A l’appui d’archives recoupées, Philippe De Villiers estime avoir dénoué les fils tortueux d’une histoire cachée de l’Union européenne.

Il n’est ni le premier ni le seul à appuyer sa critique des institutions de l’Union européenne et du projet européen dans son ensemble sur une démarche historique. Les auteurs britanniques de la « Grande dissimulation » n’ont pas fait autre chose pour soutenir le discours résolument anti-européen destiné à militer en faveur du Brexit.

Si le but visé par ces ouvrages est clairement au service d’un propos politique, auquel on adhère ou pas, l’approche historique et archivistique, mérite à eux seuls le détour.

La mise en lumière de documents peu connus est en soi une petite découverte et, s’il n’y avait le soupçon du projet politique, on pourrait directement en faire une lecture édifiante. La prudence est hélas de mise car, même les choses sont présentées assez sérieusement, on ne s’improvise pas tout à fait historien pour autant.

Reste que comme la majorité des ouvrages politique, qu’ils soient écrit ou pas par des hommes politiques, ce livre va très certainement rejoindre les limbes de l’anonymat, ne survivant uniquement que dans les bibliographies de l’auteur dans ses prochains ouvrages ou encore sur sa page Wikipédia.

Retour sur Titan

Retour sur Titan

Nos sociétés vont vite. De plus en plus vite. Nous n’avons plus le temps de rien. Et le peu de temps dont nous disposons doit être le plus efficace et optimisé possible.

Les formats sont de plus en plus condensés pour nous permettre de voir, lire et écouter toujours plus dans le minimum de temps. Les morceaux musicaux sont de plus en réduits, autant pour satisfaire aux contraintes du zapping en streaming que pour masquer l’impasse créatrice dans laquelle sont plongés la plupart des artistes actuels. Les séries télés sont livrées sur palettes, sans plus s’encombrer d’un générique, afin de gagner toujours plus de temps.

Sur le fond, l’idée des éditions Belial de nous proposer des texte courts (pour ne pas dire des nouvelles) que l’on est susceptible de consommer en une heure de trajet en RER n’est pas inintéressante. D’autant que cette collection vise à nous proposer des textes inédits d’auteurs de science fiction ayant par ailleurs déjà fait la démonstration de leurs talents par d’autres publications, ce qui ajoute un peu de sel à cette proposition « insolite » quoique pas inédite de proposer une collection entièrement dédiée à des nouvelles de science fiction.

Le problème avec la nouvelle, c’est que si elle constitue souvent la première tentative pour un auteur de produire un texte auprès d’une audience, c’est également un exercice de style particulier et qu’il ne suffit pas de produire un premier jet pour ensuite y faire des ajouts ou des coupes à truelle pour le faire entrer dans le cadre imposé.

Mon premier contact avec cette collection m’a donné un gout assez amère dans le sens ou l’on sens, peut-être à tort, que le texte à été découpé, recoupé, élagué, pour le réduire à la longueur requise par le faire tenir en une heure de lecture.

L’intrigue en elle-même n’est pas mauvaise, mais elle ne se prête hélas pas au format imposé par l’exercice de style.

Je vais tâcher de donner une autre chance à cette collection pour voir s’il s’agit d’un incident de parcours ou bien si les autres opus de la collection souffrent du même défaut. A suivre…

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