Fake News de Michèle Cotta et Robert Namias : Real disaster

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Fake news

A force que cela nous soit rabâché toute la journée dans les journaux, à la télévision ou sur n’importe quel site d’information un peu sérieux, il fallait bien que cela arrive.

Popularisé par le chevelu et autobronzé Président des Etats-Unis, en la personne de Donald Trump, le concept de « Fake News » a désormais droit à un roman.

Et pas n’importe lequel et ce à double titre. D’une part, c’est un roman français. Oui, avec un titre anglais. Savoureux n’est-ce pas alors que l’on vitupère à longueur d’année sur la défense de la langue française et de la francophonie. Même les américains n’ont pas publié de roman avec un tel titre…

D’autre part, le roman n’est pas l’œuvre d’un écrivain de métier. Ce n’est pas le dernier Musso ou Levy, mais bien le fruit du travail de deux journalistes, certes sur le retour, mais des journalistes quand même qui ont connus leurs heures de gloires au XXe siècle.

Bad news

Autant le dire tout de suite, c’est mauvais ! Et là aussi, à double titre.

Tout d’abord, quoique l’on puisse comprendre la fascination de certaines personnes pour le parcours et l’ascension fulgurante de notre Président de la République actuel, Emmanuel Macron, le fait est que ce même parcours reste un mystère et un objet de fantasme pour bon nombre d’observateurs de la vie politique française, ce d’autant qu’ils en sont observateurs depuis longtemps. Ce qui s’est passé en 2017 échappe à de nombreux analyste, spécialistes et autres politologues qui cherche depuis lors, tant bien que mal à retrouver des repères. Après le « Tuer Jupiter » de François Médéline qui phosphorait déjà sur le sujet (et dont l’intrigue de ce roman s’est très largement inspiré des grandes lignes), nous voici donc avec une nouvelle œuvre de fiction mettant en scène un très jeune président nouvellement et très largement élu, marié à une femme plus âgée, et qui bouscule le microcosme politique français.

Au-delà de l’absence cruelle d’imagination, qui masque mal la fascination pathologique pour cette situation politique inédite, on discerne une certaine quête de sens où les auteurs tentent d’exprimer leurs doutes et leurs interrogations que seul un exercice fictionnel leur permet d’exorciser. Bien que certains articles journalistiques soit moins factuels que conjecturels, il serait impensable de trouver de telles envolées imaginaires dans les colonnes du Figaro ou des Echos.

Ensuite, s’il n’est pas original sur le fond, sentiment renforcé par une intrigue cousue de fils blancs, le roman est assez faible sur la forme. Le twist qui permet de débloquer l’intrigue est confondant de nullité. Un collégien de 5e, ayant vu un ou deux épisodes d’une série policière lambda n’aurait pas commis les mêmes erreurs d’écriture sur les deux commissaires principaux qui passent ici, ainsi que l’ensemble des forces de police pour des branquignoles qui feraient passer les sous-doués pour des polytechniciens.

Sad news

Mais le véritable reproche dont l’ouvrage se rend coupable (et par là je veux dire ses auteurs) c’est de ne servir que de prétexte à une diatribe réactionnaire (pour ne pas dire de « vieux cons ») qui joue une partition millénaire à base de « c’était mieux avant » et de « on ne sait où l’on va dans ce monde pourri ».

A les lire, plus personnes dans le personnel politique actuel, qu’il soit purement politique ou journalistique, n’est suffisamment compétent pour être à la hauteur des enjeux. Tous les personnages y sont décrits comme de parfaits amateurs quand ce ne sont pas carrément des incompétents notoires.

Il est donc triste de découvrir de tels objets livresques en 2019 (certes écrits en 2018, mais ça ne change pas grand-chose).

Triste d’abord parce que cela signe la défaite de l’imagination. Chaque fiction prend appui plus ou moins ouvertement et directement sur des faits ou des situations réelles. Et c’est tout à fait normal. Mais l’écueil, quand on base un peu trop son récit sur des faits réels, c’est que la fiction sonne creux et que l’on ne puisse plus se détacher du contexte. C’est d’ailleurs l’un des principaux problèmes de « L’été des quatre rois » de Camille Pascal qui brode plus qu’il ne raconte une histoire autant des faits historiques avérés de l’été 1830.

Triste parce que bien que leur « heure de gloire » soit passée, Robert Namias et Michèle Cotta ont été des journalistes sérieux et qu’ils n’avaient à mon sens pas la nécessité de se fendre d’un pamphlet travesti en fiction pour regonfler leur notoriété bien naturellement déclinante.

Je ne m’attarde pas sur le style sans âme, digne d’un cours d’écriture standard, d’une banalité confondante qui, s’il n’excelle évidemment pas, ne dessert pas plus le propos, lui-même sans épaisseur.

Fake book

Ne se dégage de la lecture en définitive qu’un sentiment d’aigreur. Et l’on comprend hélas, à l’issu de la dernière ligne que le titre n’a qu’une vocation racoleuse au lieu de chercher, même d’une façon modeste, à éclaircir le phénomène, réel, quoique très difficilement mesurable de ces fameuses fausses nouvelles, dont le concept n’est pas nouveau puisqu’il est défini par la loi depuis le XIXe siècle !

Un livre qui a pu trouver le chemin des rotatives grâce à la notoriété de ses auteurs plus qu’à leurs talents d’auteurs. Une source de regrets pour tous ceux qui ont produits des pépites dont les éditeurs ne veulent hélas pas !

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