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TVA Sociale : cours d’économie de comptoir

Une brève note plus qu’un réel article et une réflexion à la volée que je couche par écrit plus qu’une étude de fond.

C’est un tweet de notre révéré ex premier ministre Dominique de Villepin qui m’a fait bondir et prendre la plume. Bien que pas économiste et encore moins ministre (encore que, de nos jours, ne pas être ministre relève plus de la qualité que du défaut ou de la tare), je n’étais pas particulièrement convaincu par cette « mesure » (re)lancée à l’orée du réveillon et érigée soudain en urgence de fin de mandat en masquant mal son caractère « qu’est ce qu’on va pouvoir pondre de suffisament stupide pour emmerder la gauche au cas ou on repasse pas et que, s’ils sont élus, ils devront le supprimer et qu’on pourra dire alors : vous voyez bien ils font juste le contraire de la droite ! ».

Bref. Ça sentait déjà pas bon sans les détails. Mais alors avec, c’est encore pire. Si on résume, l’idée est de transférer une partie des charges qui pèse sur le travail (charges patronales, charges sociales, et vice-versa…) et de les transférer sur les produits importés via la TVA qui augmenterait donc sur ces produits (probablement de 3 points). Petite subtilité, (si j’ai bien tout suivi) c’est que la TVA n’augmente que sur les produits issus des pays qui ne respectent pas certains standards en matière de conditions de travail, de conditions de rémunérations et de normes environnementales. Ce qui revient à priori à taxer tout le monde plus puisque on pourra toujours chipoter sur les détails dans tel ou tel pays même si objectivement sont visés en priorité la Chine, les USA et quelques autres mécréants asiatiques. Néanmoins, votre Saumon fumé de norvège, élevé dans des conditions déplorables au mépris de l’écosystème et de la biodiversité devrait également être plus taxé. Ce n’est qu’un exemple mais censé illustrer le fait que les importations européennes ne seront pas épargnées.

Imaginez donc votre bel iPad, designé en Californie, fabriqué en Chine, qui sera frappé par une TVA majorée, une taxe pour copie privée, taxes auxquelles s’ajouteront la TVA sur le contenu légal (cela va de soi hein ;)) que vous y mettrez et on se retrouve avec un produit fabriqué à pas cher mais qui sera au final excessivement onéreux. Derrière cet exemple (il y en a certainement de plus pertinent, mais c’est moi qui écrit !) on voit que l »idée serait donc de faire perdre l’intérêt de la fabrication à bas cout et à fort impact écologique en pénalisant ces produits par une astuce fiscale censée réduire leur force de vente sur le marché français qui se traduirait par un détournement des consommateurs vers les « bons produits » fabriqué au juste prix et dans le respect des « normes » françaises, produits qui, eux, bénéficieraient toujours d’une TVA « normale ».

Là ou le bas blesse, c’est que pour que l’état maintienne ses niveaux de recettes fiscales il faut que la réduction des charges sur le travail (environ 40 milliards d’euros) soit intégralement compensée par ce transfert vers la TVA sociale et donc que les français achètent massivement les produits issus de l’importation, le gouvernement faisant le pari que les produits visés sont suffisamment grand public et « indispensables » pour générer des rentrées d »argent captives et pérennes. Cela entre donc avec la logique de faire changer les comportements de consommation destinée à détourner les consommateurs les citoyens des « mauvais » produits au profit des bons. Autre mauvais calcul. Si certains français coupent déjà dans leurs dépenses avec les niveaux actuels de TVA (dont certains viennent déjà d’augmenter, cf. les transports) il est à priori acquis qu’ils achèteront certainement moins d’articles frappés d’une TVA majoré mais pas par conscience citoyenne, écologique ou patriotique, mais parce qu’ils rogneront sur le superflux et que leur pouvoir d’achat ne leur permettra pas d’absorber une nouvelle hausse de prix artificielle.

Alors, en fin de compte, que la TVA soit un succès ou un échec, à quoi parviendrons-nous ?

Si cela fonctionne, les français se détourneront des produits à TVA majorés puisque le temps que les pays frappés ainsi d’opprobre mettront probablement un temps infini à se conformer aux standards que nous attendront d’eux, si tenté qu’ils se donnent la peine de vouloir modifier leur comportement car si seule la France met en place de telle mesure, ils n’auront qu’à se passer d’un marché de 60 millions de personnes, ce qui n’est pas grand chose à l’échelle du globe. Les français achèteront donc les produits à TVA standard, avec en conséquence aucun impact sur les finances publiques puisque c’est le surplus de TVA qui est censé compensé le transfert rappelons le.

Si cela ne fonctionne pas, les français se détournement aussi des produits à TVA majorés parce qu’il leur sera mécaniquement impossible d’absorber la hausse. S’il ne leur est pas possible de contourner le dispositif en achetant des produits taxés normalement car cela n’existe pas et qu’il s’agit de dépenses non contraintes il est possible qu’il n’y ait pas d’acte d’achat et donc même pas de rentrée fiscale pour l’état et donc un impact négatif pour les finances publiques…

En définitive, soit la TVA sociale est un succès au regard des objectifs annoncés (modifications des comportements de consommation et avertissement aux pays « voyous » en matière sociale et environnementale) et l’impact sur l’économie sera négative car on aura amputé le budget de 40 milliards avec des rentrées constantes en matières de TVA. Soit la TVA sociale est un échec en provoquant un coup d’arrêt sur la consommation non contrainte entrainant la double peine sur les finances publiques : -40 milliards de recettes auxquels s’ajoutent les pertes en non recette fiscale sur la TVA des produits non consommés.

Bref. Le gouvernement table sur la non modification des comportements de tous, en croisant les doigts pour que la Chine et les USA continuent de sous payer leurs salariés et à polluer allègrement leur bout de planète pour s’assurer de confortable rentrées d’argent assurée par les français les plus aisés qui s’en foutent de payer un peu plus de TVA et sur le vivier inépuisable de dépenses contraintes qui assurera de toute façon (au moins en partie) de rondelettes recettes même si je doute que ça compense totalement la diminution des charges du travail.

Une mauvaise idée, qui sera probablement mal exécutée car en urgence, sans grande perspective économique d’avenir et inapte à résoudre ou palier aux défaut qu’elle est censée contrer… Bonne année !

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Des paroles (en l’air) et des actes (manqués)

Hier soir était diffusée sur France 2 la première édition de « Des Paroles et des Actes », le nouveau magazine politique de la chaîne, avec, comme invitée Marine Le Pen. Ambiance.

Ça devait être le « über » rendez vous politique de France 2 avant les présidentielle. L’émission taillée sur mesure pour David Pujadas par son grand ami Thierry Thuilliez. Un invité au top de l’actu – Marine le Pen – confronté à divers journalistes politiques ou économiques, agrémenté d’un débat avec un contradicteur, dans le cas d’hier soir : Cécile Duflot (oui, on a le gout du risque à France télés).

Hélas, on a été très loin de la qualité et des ambitions annoncées. Un erzatz de parodie de « l’Heure de vérité » pour au final accoucher d’une vrai usine à gaz ou l’on n’apprend rien. Pour tout dire, on a regretté Arlette Chabot. Des intervenants pas convaincants, brouillons (ils ne sont il est vrai pas aidé par le rythme soutenu imposé par le « concept » de l’émission) et surtout assez transparents. Un David Pujadas absent de sa propre emission, n’arrivant ni à tenir les délais que lui même annonce, pas plus qu’il n’arrive à diriger correctement les intervenants et peine a s’imposer comme animateur.

Il faut dire que pour une première, France 2 n’a pas fait dans la dentelle. Histoire de buzzer un peu, Marine le Pen comme « marraine » c’était un peu gonflé… Certes elle est (était ?) haut dans les sondages et puis surtout il fallait quelqu’un qui ne refuserait pas de se prêter au jeu de la nouvelle émission politique pré présidentielle, lancée avant l’été (WTF ?). Comment être sur qu’un invité vienne ? Et bien prendre celui qui se plaint sans arrêt de ne pas passer suffisamment à la télé semble être la solution. Et ça n’a pas loupé, puisqu’elle a presque lancé son propos là dessus.

Pour le reste, un seul moment de bravoure dans la dernière « séquence » (décidément le mot à la mode chez les journalistes audio visuels), quand Caroline Fourrest, citant le site internet du FN, croit déceler un raisonnement étrange liant la soit disant « faiblesse » des candidats recrutée dans l’armée au chiffre de 20% de ces mêmes recrues qui sont de confessions musulmane. Au final, Marine le Pen esquive en s’en prenant violement au livre que cette dernière lui a consacré (et qui va certainement déboucher sur une plainte pour diffamation). David Pujadas, dans un rare moment d’audace en toute fin d’émission reposera la question (alors que le générique à déjà démarré) sur cet amalgame. MLP bottera en touche en indiquant dans la confusion la plus totale du plateau que les deux phrases incriminées étant séparées par un point, le lien n’est pas aussi évident que cela (mouais…). Beaucoup de cacophonie en plateau pour une fin d’émission censée revenir sur les propos tenus pendant l’émission et pas sur le contenu d’un site internet.

Debrief d’une soirée pénible.

D’abord une psychologue entremetteuse, qui revient en long, en large et en travers sur le passé de l’invitée, sa famille, le fardeau paternel, la solitude et puis ses peines de coeur ou bien encore si elle pourrait sortir avec un centriste ou pire avec un socialiste (je vous épargne la réponse).
S’en suit Kojak ou le frère de Louis Gallois qui se serait mis à faire des graphiques et de l’économie, puis Cécile Duflot qui, comme les autochtones du plateau du larzac a la voix chevrotante, saccadée et qui ferait presque passer son interlocutrice pour quelqu’un de calme, d’avenant et de zen.
On a ensuite enchaîné sur Fabien Namias (le fils de Robert qui interview la fille de JM, il est ou l’ascenseur social ?) pour poser des questions aussi piégeuses que « le 6 mai 2012, si vous etes élue, quel sera votre premier geste symbolique ? (et de parler de la venue de Mitterand au Panthéon qu’il a bien entendu faite le 10 mai 81…) dans une séquence « Pure politique » finalement assez creuse. Et de terminer sur le duo improbable Joffrin-Fourrest, censé disséquer le contenu de l’émission (et pas Marine hein) pour tenter le mettre l’invitée en difficulté. Alors là, il faut saluer le talent de David Pujadas qui a su se montrer discret et ne pas interférer dans le pugilat auquel on a assisté (comment ça il a pas fait exprès ?)

Ce qu’il faut retenir de ce premier numéro (et malheureusement pas le dernier) de Des Paroles et des Actes :

– Que le brushing de Pujadas tiens impeccablement bien au delà de la durée d’un JT
– Que Marine le Pen au bout de 2 heures vire au teint écrevisse
– Que Laurent Joffrin sait utiliser Internet
– Que France 2 avait obtenu un prix de gros pour les cravates violettes
– Qu’il est possible d’avoir un ipad géant en guise de parquet et de table
– Que 15 min sur France 2 ça veut dire 30
– Que Cécile Duflot veut stopper le nucléaire parce que c’est dangereux pour la santé mais veut autoriser le canabis parce que, globalement c’est moins mauvais pour la santé
– Que Gilbert Collard risque d’être ministre de la justice en 2012
– Que Kojak fait de l’économie
– Qu’ils ont eu un méga budget pour des chronomètres sur grand écran
– Que David Pujadas n’est définitivement pas fait pour animer un débat
– Qu’après la télé, David Pujadas pourra faire carrière à la SNCF vu sa conception approximative du respect des horaires
– Que d’après Marine le Pen les autres ont toujours tord et ne comprennent jamais rien
– Que Laurent Joffrin n’est ni très nouveau, ni très observateur
– Que France 2 a une conception toute particulière de qu’est un « nouveau » programme politique, genre on fait du neuf avec du vieux
– Que Marine le Pen a accusé Caroline Fourrest de ne pas avoir écrit ni même lu son propre livre

Vus les scores d’audience, on est certains que ce programme va continuer.

Dommage. We Miss U Arlette !