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Lettre à Emmanuel #4 – Rentrée des classes

Monsieur le Président de la République,
Cher Emmanuel,

Ça y est, tu as fait ta rentrée des classes !

Tu as récupéré les dossiers et tu t’es plié au protocole. D’ailleurs si dans les cinq prochaines années tu pouvais changer ça, ça serait sympa.

Parce que franchement, le coup des Champs-Elysées, la voiture militaire, et tout le décorum franchement monarchiste, ça commence à faire tâche.

J’ai rien contre les symboles. Mais pour une république qui a décapité la moitié de Paris, dont le Roi, pour rendre le pouvoir au peuple, avoir une cérémonie de passation de pouvoir aussi clinquante, guindée, avec les dorures et tout…

Bon.

Le problème, c’est que tu fais pas encore tout à fait Président.

Ben non.

Tant que le parlement ne sera pas en place, il manque encore un truc. C’est pas ton attitude le problème mais comme tu vas devoir encore mettre pas mal les mains dans le cambouis, ça va encore faire chef de parti, et niveau image et perception, c’est pas terrible.

C’est pas grave puisque ça le fait à chaque mandat. Surtout quand le locataire de l’Elysée a dit ouvertement qu’il voulait encore s’en chargé. Non j’ai pas dit Sarkozy…

Bref.

Avec les élections, le 14 juillet où ça va encore être surtout de la symbolique, les congés, on va se retrouver en septembre et là, les choses sérieuses vont commencer.

Parce qu’il ne faut pas imaginer que ça va être la révolution entre deux séances de chipo/merguez/rosé…

Bien entendu, tu as prévu de faire plein de trucs, parce qu’il faut aller vite, parce qu’il faut profiter de la dynamique, parce qu’il faut faire ça pendant que tout le monde pose son gras sur la sable fin…
Bien entendu aussi, les télés et radios vont scruter le moindre de tes faits et gestes. Mais est-ce que ça va passionner grand monde ? Mystère…

Les français aiment la nouveauté. Pas le changement.

Enfin, je dis ça, mais il reste encore le cap des législatives à franchir…

Et vu comment c’est parti, on n’a pas fini de rigoler ! Hein François B. ?

Embrasses Angela pour moi et pour les soldats français à qui tu devait rendre visite en premier.

Très cordialement,

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Lettre à Emmanuel #3

Monsieur le Président élu,
Monsieur Macron,
Cher Emmanuel,

Voilà quatre jour que tu as été élu. Un seul si on se réfère à la proclamation officielle par le Conseil Constitutionnel.

Dans les deux cas, cela fait peu. Trop peu pour que l’on ne soit pas… intrigué (à tout le moins) par le ballet qui est en train de se mettre en place.

La pratique de la politique était censée changer. Le personnel politique était censé changer. Les vieilles habitudes des vieux partis étaient censées appartenir au passé.

Et qu’a t-on vu ?

En tout cas, rien qui ne permette de se dispenser d’une méfiance prudente, à défaut d’un mécontentement agacé frôlant le rejet.

Visiblement cela négocie sec pour les investitures aux législatives, preuve la tambouille politico-politicienne à l’ancienne est encore à l’ordre du jour.

Mais à cela pourtant, il fallait s’attendre.

Non, le plus troublant, ce sont tes « amis », et François Bayrou en particulier. Ce vieux routard, au parcours politique en dent de scies, qui tient avec ta victoire une petite revanche sur le destin, et qui voudrait sinon jouer les premiers rôles du moins œuvrer aux premières loges.

Il se murmure qu’il pourrait entrer au gouvernement. A la Justice, ironie de l’histoire quand on connait les problèmes d’emplois fictifs auxquels il n’a pas souhaité répondre.
Il se murmure également qu’il aurait négocié un certain nombre de circonscriptions pour les législatives. L’avenir dira si le Yalta du centrisme a vraiment eu lieu.
J’espère pour la cohérence de ton discours qu’il n’en sera rien et qu’il n’y aura pas de recyclage !

Mais le pire avec ce bon François, c’est quand il nous livre ses analyses de comptoirs Palois en nous expliquant, le sourire aux lèvres et la fleur au fusil, que ton élection est surtout le fait d’un vote d’adhésion et d’un enthousiasme ravageur.

S’il fonde son analyse de fond sur la foule présente dimanche soir au Louvre, il ne fait aucun doute que tous ceux qui étaient là l’était de bon coeur et par conviction. Pas de débat.

Mais tous ceux, nombreux, qui t’ont apporté leur suffrage pour faire perdre Marine, au-delà de leurs convictions profondes, ne t’on pas choisi par amour, admiration ou enthousiasme. Ils l’ont fait par conscience. Leur conscience politique.

L’entre deux tour à été martelé de la même formule : « Voter Macron, c’est voter contre Le Pen ». Sous entendu, cela ne vaut pas adhésion, mais on n’a pas le choix.

Comme d’habitude encore, le discours change insidieusement par ceux à qui ont tend un micro. Ça et là on entend désormais : « Voter Macron, ben c’était voter pour Macron », donc il a 43% des inscrits qui sont d’accord avec lui donc ça vaut adhésion.

Ben non…

Donc mon Cher Emmanuel, s’il te plait, ne refait pas comme Chirac il y a 15 ans. Et ce, à deux niveaux : n’oublies jamais que tu es là grâce à des gens qui ont mis leur orgueil de côté et surtout, surtout, ne t’encombre pas de Bayrou !

Très affectueusement.

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Lettre à Emmanuel #2

Monsieur le Candidat élu,
Monsieur Macron,
Cher Emmanuel,

Ça y est.

Ce que l’on nous annonçait depuis le début de la chute de François Fillon dans les sondages est effectivement arrivé.

Sans surprise.

Sans renier ton travail ou celui des militants d’En Marche, il faut avouer que quiconque se retrouvait face à Marine était à peu près certain de l’emporter. Même un pot de fleur à priori…

Le truc ballot, c’est que ça a privé le pays d’un vrai débat. Parce que franchement, c’était quand même pas terrible. Et ce n’est pas que sa faute.
Peut-être désarçonné par la tournure des événements, et pris aussi un peu par l’ampleur de la situation, tu as perdu un peu tes moyens.

Bon, tu t’en es mieux sorti qu’elle, la preuve avec le résultat d’hier soir, mais il aurait pas fallu que ça dure 2 heures de plus !

Mais bref. Tout cela relève du passé désormais et te voilà confronté à l’avenir. Avenir lointain avec la perspective de ton mandat à venir et du rendez-vous pris intérieurement par nombre de « responsables politiques » pour 2022, mais surtout avenir proche avec le mois qui s’ouvre jusqu’à la désignation des députés.

Pour toi, cela va passer très vite : protocole, annonces des candidats, campagne électorale, choix du premier gouvernement…

Mais pour nous, qui nous remettons à peine de ce marathon présidentiel sans saveur, cela va paraître excessivement long.

Long parce qu’il ne va concrètement pas se passer grand chose.

Ce n’est pas le premier gouvernement qui va se risquer à de grandes manœuvres potentiellement sans lendemain…

Oui, parce qu’un premier gouvernement, celui qu’il faut bien désigner entre la présidentielle et les législatives, ça ressemble un peu à un personnage principal de « Game of Thrones »… Mieux vaut ne pas trop s’y attacher car son espérance de vie est réduite.

Si la chance te souris, ce gouvernement survivra au 18 juin.

Si les français au contraire se la jouent IIIe république, ça deviendra tout de suite beaucoup plus compliqué.
Mais ça sera d’autant plus intéressant !

Bref. En un mot comme en cent : les vacances ne sont pas pour tout de suite !
Il va te falloir autant, si ne n’est plus, de talent et de travail pour t’entourer d’une majorité fiable. En espérant qu’elle ne soit pas juste un patchwork de déclassés de leurs familles politiques actuelles, ce qui serait un bien mauvais message adressé à ceux qui croient fermement que tu apporte un renouveau du personnel politique.

Tu as le choix des armes, nous avons le choix du bulletin !

Bon courage…

PS : tu féliciteras Soazig ta photographe pour ses clichés magnifiques de ta campagne et de ta soirée d’hier.

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Lettre à Emmanuel #1

Monsieur Macron,
Cher Emmanuel,

Nous ne nous connaissons pas personnellement mais, sans vouloir manquer de respect le moins de monde, je vais me permettre de te tutoyer.
Non pas un tutoiement de bons copains, mais un « Tu » citoyen, marque de fabrique de notre belle République bicentenaire.
Après tout, quoi de plus naturel pour s’adresser au premier des citoyens, élu par le suffrage universel ?

Car oui, il ne semble plus faire de doutes que tu sera élu 8e Président de la Ve République.

Tout d’abord : chapeau !

Chapeau, parce qu’il fallait avoir une sacré dose de confiance pour oser ce que tu as réalisé. Sortir du lot, tisser un réseau ou renforcer l’existant, lancer un mouvement politique qui permet l’adhésion gratuite en ligne, concourir à ta première élection – et pas n’importe laquelle puisqu’il ce n’est rien de moins que l’élection suprême – ce qui signifie aussi qu’en dehors de 2022 si tu te représente, ce sera ta dernière élection. Qui t’imagine en effet devenir simple député après tout ça ?

Tu as su jouer ta chance, avec succès, en y travaillant méthodiquement.

Tu profites également du désaveux complet de la classe politique en place. Il y a un rejet massif. Un rejet qui te concerne également.

Dans cet entre-deux tours, il a autant été question du barrage au Front National que de l’hésitation de nombreux concitoyens électeurs à mettre un bulletin à ton nom dans l’urne Dimanche prochain en raison de ton projet (ne parlons pas de programme, puisque nous savons tous les deux que ce concept est bien trop restrictif) dans lequel, à minima, il ne se reconnaissent pas, voire pour certains, contraire à leur convictions.

Tu vas donc être dès Dimanche soir, grâce de nos règles constitutionnelles, le Président élu de notre beau pays mais avec un score qui ne reflétera pas un enthousiasme ou une adhésion massive à ce que tu proposes.

La faute à notre système démocratique, qui impose une issue favorable à tout scrutin organisé, au nom me diras-tu de la continuité de l’Etat, mais dont tu sais bien qu’il permet l’élection d’un homme ou d’une femme sur une base potentiellement étriquée.

Mais bref. Nous n’allons pas disserter sur les défauts de notre système.

Ce que je veux te dire, c’est que tu vas porter une très grande responsabilité. Tu te retrouves au sommet de l’Etat certes grâce à ton talent, mais aussi par les circonstances.
Tu n’auras pas reçu un vote d’adhésion massif et un plein soutient à toutes tes propositions. Loin de là.

Tu aurais été porté au premier tour par 30 ou 35% des suffrages exprimés, la question d’un vote d’adhésion aurait pu se poser.
A participation presque égale à 2012, tu es en dessous du score de François Hollande, pour lequel on n’a pas non plus parlé de vote d’adhésion.

Tu vas recevoir dimanche le mandat de conduire la France, avec la majorité parlementaire que les électeurs choisira le mois prochain.
N’en tire aucune gloire et ne commet pas l’erreur de Jacques Chirac en 2002 que tout est acquis.
Les français ne souhaitent pas nécessairement que les choses changent, mais que les choses s’améliorent.

J’ai suivi attentivement très ta campagne; Il me semble que c’est quelque chose que tu as senti. Les mois qui viennent nous dirons si c’était effectivement le cas.

Je ne me place ni en sympathisant, ni en opposant. J’observe. Je scrute.

Je m’étais promis, à mesure que le précédent quinquennat avançais que, quel que soit le vainqueur de l’élection en 2017, je prendrais ma plume (numérique) tous les jours car il me semble normal de pouvoir faire part de ses observations directement à notre représentant en chef.

Je pense néanmoins attendre le 7 ou le 8 mai pour t’écrire à nouveau, à priori pour un message de félicitations.

D’ici là, la route est courte, mais la pente raide (pour paraphraser Jean-Pierre Raffarin).

Prépares-toi à la suite car ce n’est que le début.

Très cordialement,

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Humeur Politique Tech

Régions : « My bretzel is Rich(ert) »

Hier avait lieu la séance inaugurale des nouveaux conseils régionaux issus des élections de décembre dernier. Les nouveaux présidents de régions ont été élus. Sans suspens. Discours convenus, communication contrôlée, clichés claquants classiques… Bref, la routine.

La routine, vraiment ?

Oui et non…

Oui, parce que les discours convenus étaient pour la plupart une redite des promesses de campagne et certaines annonces sont venues rendre concrétiser certaines déclarations de campagne. Ça c’est du déjà vu : on dit qu’on va faire ce qu’on avait a dit…

Et puis Non, parce que contrairement à d’habitude, l’acte fondateur de plusieurs d’entre eux aura consister à s’attaquer au moins symboliquement au train de vie des élus régionaux. Les budgets sont en berne partout et après tout, il n’y a pas de petites économies. A force de nous dire que chacun doit prendre sa part de responsabilité et de sacrifice pour l’effort national, il fallait bien que cela finisse par tomber sur nos chers édiles.

Indemnités, voitures de fonctions et autres avantages en nature, toutes les régions vont subir ce tour de vis budgétaire.

Toutes ? Non !

Une région résiste encore et toujours. Et pas qu’un peu !

C’est en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (#woputainvouspouviezpastrouverunnomderegionpluslongencore?) que ce joue le drame. .

C’est en effet au pays de la Choucroute, des cigognes et de Jeanne d’Arc (Au secours !) que nous avons eu une belle démonstration de l’esprit de rigueur et de pondération.

Mais qu’ont donc fait ces Alsachampardennailorrains ?

Comme un jour de rentrée des classes en maternelles ou de congrès des syndics de copropriétés, chacun des 169 élus de l’assemblée (moins ceux qui effectue là leur deuxième mandat si l’on en croit Le Point) ont reçu une sacoche de bienvenue (ou « Welcome Pack » dans les congrès étudiants) contenant différents goodies offerts par le nouveau conseil régional.

Là où c’est très fort, c’est qu’au lieu de se contenter d’un pin’s, d’un stylo, d’une clé USB et d’un t-shirt floqué du nouveau logo, les services généraux et marketing ont préféré y mettre des objets plus… exotiques !

Quelques menues documentations sur la région, des cartes de voeux, une carte du département (pratique pour les nouveaux parachutés) et accessoirement un iPhone et un iPad.

malette alsace ipad

Si l’anecdote a été relayée par plusieurs médias dans la journée pour insister sur la caractère luxueux de ces cadeaux de bienvenue, pas un seul ne s’est posé la question du coût que représentent à eux seuls ces objets technologiques.

Livrons-nous donc à un petit calcul théorique !

Soit 169 élus à qui l’on offre, si l’on se fie à la photo relayée, un iPhone 6 (ou 6s) ainsi qu’un iPad (Air ou Air 2). Personne ne veut croire qu’il s’agisse ici des modèles les plus onéreux de ces gammes, mais dans le doute, nous ferons le calcul avec les tarifs les plus extrêmes.

Ainsi, le tarif d’un iPhone 6 (2014) d’entrée de gamme (#LOL) est à ce jour de 639€ (TTC). Celui d’un iPad Air (2013, modèle wifi de 16 Go) est de 399€ (TTC).
A l’opposé, un iPhone 6s (2015) dans sa version 128 Go, est disponible à 969€ (TTC) et un iPad Air 2 (2014, modèle wifi + cellulaire de 128 Go) se négocie sur l’Apple Store à 825€ (TTC).

Nous en arrivons donc à une somme rondelette comprise entre 175 et 303 mille euros.

Ça fait cher le cadeau de bienvenue… Hein ? Même en admettant que quelques malchanceux n’aient pas été gâtés, que le service achat ait pu faire des économies d’échelle par une commande groupée en passant par le budget de fonctionnement (déjà voté ?), ça ne représenterait pas une grande réduction sur ce total.

On espère qu’à ce prix là, l’efficacité accrue de ces élus surmotivés compensera ce manque à gagner pour les finances de la région qui aurait pu servir au choix pour les lycées, les transports, le soutien aux entreprises, etc… Pas sur non plus que le coût de ces tablettes, certes de qualité, compenseront le budget papier économisé par l’accroissement de la dématérialisation.

A l’heure où d’autres régions font justement le choix de retirer les téléphones de fonction des élus (poke Rhône-Alpes-Auvergne), il est quelque peu étonnant de voir un autre quoi de l’hexagone (et du même bord politique !) faire le choix inverse…

S’expliquerait-il par un taux d’équipement anormalement bas de l’est de la France où un trop plein de Hype mal maitrisé ?

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Humeur Politique

Les quadras c’est sympa mais les trentenaires, c’est super !

On les voit partout. Ils occupent les plateaux télés, ils signent des tribunes dans les médias à la mode, la presse traditionnelle leur consacre des dossiers, on les retrouve dans les think-tank les plus actifs ou dirigent même des courants au sein de partis politiques… Bref, ils sont passé à l’offensive politique.

De qui parle t-on ?

Des jeunes pousses de la politique entre 30 et 40 ans, qui ont les dents longues et qui tentent de se bâtir une carrière politique à la force du poignet, sans être nécessairement issus du sérail ou d’une quelconque promotion de l’ENA.

Ces trentenaires ont bien compris qu’il y avait dans l’air comme un parfum de changement, et pas celui qui devait avoir lieu maintenant. La colère qui gronde silencieusement contre la classe politique en place et le sentiment de défiance à l’encontre de l’exécutif comme de la plupart des élus donne des ailes à cette tranche d’âge. Elle se présente comme l’avenir d’une politique française et européenne renouvelée, rompant avec les dérives de leurs aînés, tout en assurant une certaine continuité dans le registre des idées et de la doctrine.

Effet d’aubaine, carriérisme assumé, mouvement de l’histoire ou naïve illusion, comment expliquer l’arrivée sur le devant le la scène de cette génération ?

Time is over…

Si les plus jeunes parviennent à se créer un espace médiatique et une existence politique, c’est avant tout parce qu’ils profitent de la faiblesse de la classe politique en place. Une classe politique d’autant plus fragilisée par un ensemble de facteurs, qui, conjugués, semblent créer une fenêtre de tir aussi inespérée qu’opportune.

Le principal de ces facteur est l’un des nombreux reproches que l’on a pu adresser – et que l’on adresse toujours – à notre classe politique française, à savoir son manque de renouvellement, et par ricochet, son âge avancé. Pour le constater, il suffit de regarder la moyenne d’âge des parlementaires sur les 40 dernières années pour se rendre compte que cette dernière a augmenté à mesure que le temps et les mandats passaient.

Cet état de fait est le fruit d’une part d’une professionnalisation de plus en plus accrue de la vie politique, qui est devenue (à tort ou à raison) un métier à temps plein, et d’autre part de l’absence de limites dans la confiance que peuvent leur accorder les électeurs. Grâce au jeu des étiquettes politiques, renforcé par le système des investitures, de la prime au sortant qui joue sur la réputation du personnage, ou encore l’extrême rareté des peines d’inéligibilité pour les élus condamnés, sans parler de ce que l’on nomme les « fiefs » électoraux, il est courant de voir des élus enchaîner les mandats sur plusieurs décennies.

Tout le paradoxe réside dans cette critique du « non renouvellement des élites » conjugué à une confiance sans cesse renouvelée par une majorité des électeurs à ces élus. Pour qu’un élu cesse de l’être, on pourrait lui interdire de se présenter, ce qui pourrait être le fait d’une condamnation judiciaire sanctionnant un délit, ou bien d’une loi interdisant d’occuper un mandat au delà d’un nombre donné ou d’une limite d’âge, ou tout simplement, de ne pas voter pour lui et d’élire un autre prétendant.

Et si au final nos élus ont vieilli avec le système, c’est que le système démocratique qui est le notre le permet ! En dehors de la limite à deux mandats pour le chef de l’état entrée en vigueur en 2008, rien n’empêche un député de l’être pendant toute sa vie. Et cette addition de mandats dans le temps n’est pas le dévoiement de notre démocratie car rien n’oblige les électeurs à accorder leur suffrage élection après élection aux mêmes candidats. Bref, les citoyens créent eux-mêmes le mal qu’ils dénoncent !

C’est sur ce sujet d’un nécessaire renouvellement du personnel politique et de son rajeunissement qu’avait déjà tenté de surfer la génération des quadras, autant de gauche que de droite. Cette génération qui gravitait autour du pouvoir sans parvenir à l’exercer était finalement celle qui voyait son avenir « professionnel » en politique largement obstrué et qui la première avait un intérêt dans la critique de la monopolisation des postes par leurs aînés.

Un temps à la mode, ces jeunes loups, Sarko boys à droite, et chasseurs d’éléphants à gauche, ont semble t-il disparus des radars médiatiques, sans doute à la faveur de l’accession pour certains à des postes de ministres ou de hauts fonctionnaires. C’est que loin d’avoir pu et su profiter de leurs nouvelles positions, ces quadras ont été entraînés malgré eux dans la tourmente de la crise et assimilés à cette classe politique vieillissante et crispée sur ses positions tant décriées. Leur proximité avec le pouvoir a eu un effet inattendu de contagion, et le regard porté sur la frange la plus ancienne de la classe politique a aussi atteint les plus jeunes. Sans compter que, plus « neufs » sur la scène politique, ces derniers sont plus exposés et victimes de la vindicte populaire et médiatique, et plus volontiers sacrifiés par leurs aînés. Le cas Gaymard en est l’une des illustrations les plus emblématiques. Bref, une génération « sacrifiée »

Winter is coming…

Les trentenaires seraient donc la relève d’une classe politique défaillante, usée, décadente, et ce dès les prochaines échéances électorales, c’est à dire pas plus tard qu’aux municipales de 2014. Et c’est que cette génération a des arguments à faire valoir pour preuve de sa bonne foi. Née avec la crise, elle n’en connait que trop les effets. N’ayant connu qu’un monde en crise, qui d’autre qu’elle pourrait l’en sortir ?

D’autant que ceux qui étaient là avant la crise semblent bien impuissants ne serait-ce qu’à en limiter les effets. Quant à en sortir… N’ayant jamais été aux affaires, ou alors qu’à l’extrême périphérie, on ne peut l’accuser d’avoir eu un impact sur la situation actuelle. Vierge de toute action significative, qu’elle ait pu être positive ou négative, on ne saurait lui reprocher le moindre méfait. Dénonçant les dérives politiques, idéologiques, budgétaires, morales et économiques auxquelles on assiste « depuis 30 ans », elle ne saurait dès lors y être associée, contrairement aux plus anciens qui « depuis 30 ans » sont aux affaires.

A les en croire, nous serions donc rendus en un moment où la situation est tellement dramatique, les responsables politiques en place tellement hors course, la confiance des électeurs tellement entamée et le système tellement à bout de souffle qu’il serait grand temps de procéder à un grand renouvellement du personnel politique dont ils seraient les principaux bénéficiaires.

Providentiels, vierges de tous reproches, agitant les errances de leurs aînés et leurs collusions malsaines (qui avec l’extrême droite, qui avec des puissances d’argent, etc…), les politiques trentenaires seraient la solution à l’ensemble des problèmes du pays. Plus jeunes, mais aussi plus matures car forgés dans un monde en crise, plus ouverts sur le monde et ses problèmes, plus audacieux dans leurs réflexions, leurs diagnostics et leurs propositions, bref, plus « neufs », ils se défendent de toute démagogie et revendiquent une rupture avec le « monde d’avant ».

Les bonnes intentions c’est bien, mais…

Évitant l’écueil systématique d’un jeunisme ringard et se limitant à une série d’arguments simples, difficilement attaquables et qui ont le bon goût d’être dans l’air du temps, la mode des trentenaires est-elle pour autant parfaitement sincère et exempte d’arrière pensée ? D’ailleurs, cette mode est-elle le fruit du hasard ou le résultat d’un processus anticipé ?

Car s’il est malheureusement un art dans lequel les français sont devenus des experts, c’est bien celui de douter de la parole des politiques. Pas assez semble-t-il toutefois puisqu’une large part d’entre eux reconduit régulièrement les mêmes hommes politiques malgré leurs erreurs, leurs méfaits, au détriment d’hommes nouveaux aux discours séduisants.

Et les raisons de douter sont nombreuses. Les défaites de la droite en 2012, et préalablement celles aux élections intermédiaires conjuguées à la perte du Sénat, ont libéré un espace sans précédent de ce côté de l’échiquier politique pour ceux aux dents longues qui rêvent de se faire une place au soleil et qui se posent en porte étendard du redressement de leur famille politique. A l’autre bout, le long manque de leadership à gauche, curieusement couronné au final par une mainmise quasi exclusive sur l’ensemble des institutions (certes désormais presque réduite à néant par les affaires, les couacs et autres faiblesses), a contribué à créer un boulevard à l’arrière garde qui attend son heure. Quant au reste du paysage politique, dont l’unique credo est une transformation radicale et plus ou moins pacifique du système, il est le terrain de jeu absolu pour ceux de cette génération aspirant à exercer des fonctions politiques, bien que sur cette portion de l’échiquier leurs chances soient plus qu’infimes…

Bref, il semble bien chimérique de voir dans la propulsion de cette « nouvelle génération » un miraculeux renouvellement du personnel ou de la pratique politique dans notre pays. Bien au contraire, on peut y lire d’abord une subtile tentative de la presse de dépoussiérer ses pages politiques pour se sortir d’une routine désormais suicidaire tant ses ventes sont en chute libre. Ensuite, profitant de cet effet de loupe, l’arrivée sur le marché de ces nouveaux jeunes constitue un relais de croissance pour les formations politiques desquelles ils sont issus, concourant ainsi à maintenir ces dernières dans la course pour le pouvoir. Enfin, derrière des intentions – probablement louables chez certains – prenant la forme d’une fausse ou d’une touchante naïveté, il faut y voir la recherche de l’accomplissement d’un destin personnel et l’espoir d’une carrière politique brillante, bien entendu au seul service de l’intérêt général…

The end is the beginning is the end

Expérience rime t-elle nécessairement avec efficacité, ancienneté avec obsolescence et jeunesse avec renouveau ? L’équation semble bien difficile à résoudre tant il existe une tolérance à l’échec et à la médiocrité entretenant un cercle vicieux nous empêchant de sortir définitivement du marasme ambiant. Bien qu’il faille se garder de généraliser et de jeter une opprobre malsaine sur l’ensemble des élus ayant effectué deux mandats ou plus, on ne peut que se poser la question pour ceux qui sont en place depuis le plus longtemps pourquoi, avec tant d’expérience, de sagesse et de compétences accumulées, nous nous retrouvons dans une situation structurelle et morale pire qu’à leur arrivée aux affaires.

Mais dans le même temps, il serait illusoire de considérer qu’un homme ou une génération providentielle tirant profit de sa relative virginité politique (relative car on n’arrive pas en politique sans engagements préalables) puisse incarner à la fois un rebond nécessaire de notre vivacité démocratique et un véritable renouvellement humain et idéologique, tant les schémas de pensée, le socle dogmatique et plus tristement la façon d’envisager la pratique de la chose politique semblent figés. Tant que l’on n’aura pas consciencieusement redéfini cette dernière, l’important ne sera pas de savoir qui fait de la politique mais plutôt ce que l’on veut faire de la politique.

Et comme disait le poète : « Qu’est ce qu’un vieux con ? C’est un jeune con qui a vieilli ».

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Quand commerce et culture font mauvais ménage

Quand la défense de la culture et du commerce rendent les positions du gouvernement contradictoires

Il n’est décidément pas facile d’être à la tête de l’Etat.

Ce jour, Arnaud Montebourg, ministre au redressement productif, a participé à l’annonce de l’implantation de la 3e base logistique du géant du commerce en ligne Amazon, sur ses terres de Saône et Loire, à Châlon-sur-Saône pour être exact.

Cette implantation, rendue possible par la nouvelle position de l’élu Bourguignon et par les avantages – certes légaux – conférés au groupe américain en contrepartie du choix de Chalon, est une bonne nouvelle pour les habitants de la région et une petite victoire pour le ministre, même si l’on ne doute pas que la décision de créer une nouvelle plateforme logistique en France est un projet bien antérieur à l’arrivée d’un ministre au redressement productif.

Le fait est que le gouvernement, par la voie d’un de ses ministres se félicite de la croissance d’une entreprise, certes à capitaux US, mais qui génère de l’activité et donc de la croissance dans l’hexagone. Qu’importe au final que ladite entreprise paye ses impôts au Luxembourg et autres réjouissances fiscales. Pour moins que ça, on a demandé à des entreprises de rembourser des aides publiques – certes légales – en représailles contre des agissements pas très patriotes…

Mais bon. Après tout, il faut bien chercher les leviers de croissance là où ils se trouvent, et vu le volume d’activité d’Amazon, c’est un gage de pérennité de l’emploi et des revenus fiscaux idoines. Sans compter que le service rendu aux clients d’Amazon (dont je suis), va s’en trouver en principe encore amélioré. Mais c’est un détail.

Là où ça se complique, c’est qu’à un mois d’intervalle, un autre membre du gouvernement émettais un avis bien plus réservé sur ce même acteur économique.

Les prises de positions contradictoires ne sont pas une nouveauté. Il arrive même qu’elles soient le fait d’une même personne. Par exemple, ce même M. Montebourg, qui, à l’occasion du lancement de Free Mobile en janvier dernier utilisait cet évènement pour tacher le président en place en disant que Free avait plus fait pour le pouvoir d’achat des français que Sarkozy en 5 ans, mais qui, devenu ministre et soumis au lobbying intensif des opérateurs « historiques » trouve maintenant que la concurrence est dérégulée et a été poussée trop loin. Etrange…

Dans le cas d’Amazon, la charge est venue du ministère de la culture, qui volait au secours des librairies indépendantes, qui souffrent de la crise et de la concurrence, plus ou moins déloyale « d’un géant de l’internet ». On ne parle même pas de l’oubli, volontaire ou pas, du rôle néfaste des éditeurs qui ne rendent pas les choses faciles, car appliquant une réduction plus importante à Amazon qu’à ses même libraires indépendants… Mais passons…

Comment, en un mois à peine, peut-on jeter l’opprobre sur un acteur économique dont on peut certes critiquer les méthodes, pour ensuite l’accueillir à bras ouvert, faisant ainsi fi des réserves émises antérieurement ?

Puisque, si on comprend bien, tous les maux du monde de la librairie indépendante viennent d’Amazon et de son influence grandissante, le choix d’encourager l’implantation d’Amazon est un signal envoyé signifiant que le pays à besoin d’investissements structurels et de grandes entreprises capables de générer de l’emploi, du CA et donc des taxes et des impôts. Finalement, on semble avoir choisi quel camp on soutenait.

Pas sur que ça plaise à la rue de Valois ni aux libraires. En attendant un hypothétique plan de sauvetage de la profession, la real-economie a pour le moment marqué un point contre le petit commerce culturel de proximité.

Affaire à suivre…

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TVA Sociale : cours d’économie de comptoir

Une brève note plus qu’un réel article et une réflexion à la volée que je couche par écrit plus qu’une étude de fond.

C’est un tweet de notre révéré ex premier ministre Dominique de Villepin qui m’a fait bondir et prendre la plume. Bien que pas économiste et encore moins ministre (encore que, de nos jours, ne pas être ministre relève plus de la qualité que du défaut ou de la tare), je n’étais pas particulièrement convaincu par cette « mesure » (re)lancée à l’orée du réveillon et érigée soudain en urgence de fin de mandat en masquant mal son caractère « qu’est ce qu’on va pouvoir pondre de suffisament stupide pour emmerder la gauche au cas ou on repasse pas et que, s’ils sont élus, ils devront le supprimer et qu’on pourra dire alors : vous voyez bien ils font juste le contraire de la droite ! ».

Bref. Ça sentait déjà pas bon sans les détails. Mais alors avec, c’est encore pire. Si on résume, l’idée est de transférer une partie des charges qui pèse sur le travail (charges patronales, charges sociales, et vice-versa…) et de les transférer sur les produits importés via la TVA qui augmenterait donc sur ces produits (probablement de 3 points). Petite subtilité, (si j’ai bien tout suivi) c’est que la TVA n’augmente que sur les produits issus des pays qui ne respectent pas certains standards en matière de conditions de travail, de conditions de rémunérations et de normes environnementales. Ce qui revient à priori à taxer tout le monde plus puisque on pourra toujours chipoter sur les détails dans tel ou tel pays même si objectivement sont visés en priorité la Chine, les USA et quelques autres mécréants asiatiques. Néanmoins, votre Saumon fumé de norvège, élevé dans des conditions déplorables au mépris de l’écosystème et de la biodiversité devrait également être plus taxé. Ce n’est qu’un exemple mais censé illustrer le fait que les importations européennes ne seront pas épargnées.

Imaginez donc votre bel iPad, designé en Californie, fabriqué en Chine, qui sera frappé par une TVA majorée, une taxe pour copie privée, taxes auxquelles s’ajouteront la TVA sur le contenu légal (cela va de soi hein ;)) que vous y mettrez et on se retrouve avec un produit fabriqué à pas cher mais qui sera au final excessivement onéreux. Derrière cet exemple (il y en a certainement de plus pertinent, mais c’est moi qui écrit !) on voit que l »idée serait donc de faire perdre l’intérêt de la fabrication à bas cout et à fort impact écologique en pénalisant ces produits par une astuce fiscale censée réduire leur force de vente sur le marché français qui se traduirait par un détournement des consommateurs vers les « bons produits » fabriqué au juste prix et dans le respect des « normes » françaises, produits qui, eux, bénéficieraient toujours d’une TVA « normale ».

Là ou le bas blesse, c’est que pour que l’état maintienne ses niveaux de recettes fiscales il faut que la réduction des charges sur le travail (environ 40 milliards d’euros) soit intégralement compensée par ce transfert vers la TVA sociale et donc que les français achètent massivement les produits issus de l’importation, le gouvernement faisant le pari que les produits visés sont suffisamment grand public et « indispensables » pour générer des rentrées d »argent captives et pérennes. Cela entre donc avec la logique de faire changer les comportements de consommation destinée à détourner les consommateurs les citoyens des « mauvais » produits au profit des bons. Autre mauvais calcul. Si certains français coupent déjà dans leurs dépenses avec les niveaux actuels de TVA (dont certains viennent déjà d’augmenter, cf. les transports) il est à priori acquis qu’ils achèteront certainement moins d’articles frappés d’une TVA majoré mais pas par conscience citoyenne, écologique ou patriotique, mais parce qu’ils rogneront sur le superflux et que leur pouvoir d’achat ne leur permettra pas d’absorber une nouvelle hausse de prix artificielle.

Alors, en fin de compte, que la TVA soit un succès ou un échec, à quoi parviendrons-nous ?

Si cela fonctionne, les français se détourneront des produits à TVA majorés puisque le temps que les pays frappés ainsi d’opprobre mettront probablement un temps infini à se conformer aux standards que nous attendront d’eux, si tenté qu’ils se donnent la peine de vouloir modifier leur comportement car si seule la France met en place de telle mesure, ils n’auront qu’à se passer d’un marché de 60 millions de personnes, ce qui n’est pas grand chose à l’échelle du globe. Les français achèteront donc les produits à TVA standard, avec en conséquence aucun impact sur les finances publiques puisque c’est le surplus de TVA qui est censé compensé le transfert rappelons le.

Si cela ne fonctionne pas, les français se détournement aussi des produits à TVA majorés parce qu’il leur sera mécaniquement impossible d’absorber la hausse. S’il ne leur est pas possible de contourner le dispositif en achetant des produits taxés normalement car cela n’existe pas et qu’il s’agit de dépenses non contraintes il est possible qu’il n’y ait pas d’acte d’achat et donc même pas de rentrée fiscale pour l’état et donc un impact négatif pour les finances publiques…

En définitive, soit la TVA sociale est un succès au regard des objectifs annoncés (modifications des comportements de consommation et avertissement aux pays « voyous » en matière sociale et environnementale) et l’impact sur l’économie sera négative car on aura amputé le budget de 40 milliards avec des rentrées constantes en matières de TVA. Soit la TVA sociale est un échec en provoquant un coup d’arrêt sur la consommation non contrainte entrainant la double peine sur les finances publiques : -40 milliards de recettes auxquels s’ajoutent les pertes en non recette fiscale sur la TVA des produits non consommés.

Bref. Le gouvernement table sur la non modification des comportements de tous, en croisant les doigts pour que la Chine et les USA continuent de sous payer leurs salariés et à polluer allègrement leur bout de planète pour s’assurer de confortable rentrées d’argent assurée par les français les plus aisés qui s’en foutent de payer un peu plus de TVA et sur le vivier inépuisable de dépenses contraintes qui assurera de toute façon (au moins en partie) de rondelettes recettes même si je doute que ça compense totalement la diminution des charges du travail.

Une mauvaise idée, qui sera probablement mal exécutée car en urgence, sans grande perspective économique d’avenir et inapte à résoudre ou palier aux défaut qu’elle est censée contrer… Bonne année !

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Des paroles (en l’air) et des actes (manqués)

Hier soir était diffusée sur France 2 la première édition de « Des Paroles et des Actes », le nouveau magazine politique de la chaîne, avec, comme invitée Marine Le Pen. Ambiance.

Ça devait être le « über » rendez vous politique de France 2 avant les présidentielle. L’émission taillée sur mesure pour David Pujadas par son grand ami Thierry Thuilliez. Un invité au top de l’actu – Marine le Pen – confronté à divers journalistes politiques ou économiques, agrémenté d’un débat avec un contradicteur, dans le cas d’hier soir : Cécile Duflot (oui, on a le gout du risque à France télés).

Hélas, on a été très loin de la qualité et des ambitions annoncées. Un erzatz de parodie de « l’Heure de vérité » pour au final accoucher d’une vrai usine à gaz ou l’on n’apprend rien. Pour tout dire, on a regretté Arlette Chabot. Des intervenants pas convaincants, brouillons (ils ne sont il est vrai pas aidé par le rythme soutenu imposé par le « concept » de l’émission) et surtout assez transparents. Un David Pujadas absent de sa propre emission, n’arrivant ni à tenir les délais que lui même annonce, pas plus qu’il n’arrive à diriger correctement les intervenants et peine a s’imposer comme animateur.

Il faut dire que pour une première, France 2 n’a pas fait dans la dentelle. Histoire de buzzer un peu, Marine le Pen comme « marraine » c’était un peu gonflé… Certes elle est (était ?) haut dans les sondages et puis surtout il fallait quelqu’un qui ne refuserait pas de se prêter au jeu de la nouvelle émission politique pré présidentielle, lancée avant l’été (WTF ?). Comment être sur qu’un invité vienne ? Et bien prendre celui qui se plaint sans arrêt de ne pas passer suffisamment à la télé semble être la solution. Et ça n’a pas loupé, puisqu’elle a presque lancé son propos là dessus.

Pour le reste, un seul moment de bravoure dans la dernière « séquence » (décidément le mot à la mode chez les journalistes audio visuels), quand Caroline Fourrest, citant le site internet du FN, croit déceler un raisonnement étrange liant la soit disant « faiblesse » des candidats recrutée dans l’armée au chiffre de 20% de ces mêmes recrues qui sont de confessions musulmane. Au final, Marine le Pen esquive en s’en prenant violement au livre que cette dernière lui a consacré (et qui va certainement déboucher sur une plainte pour diffamation). David Pujadas, dans un rare moment d’audace en toute fin d’émission reposera la question (alors que le générique à déjà démarré) sur cet amalgame. MLP bottera en touche en indiquant dans la confusion la plus totale du plateau que les deux phrases incriminées étant séparées par un point, le lien n’est pas aussi évident que cela (mouais…). Beaucoup de cacophonie en plateau pour une fin d’émission censée revenir sur les propos tenus pendant l’émission et pas sur le contenu d’un site internet.

Debrief d’une soirée pénible.

D’abord une psychologue entremetteuse, qui revient en long, en large et en travers sur le passé de l’invitée, sa famille, le fardeau paternel, la solitude et puis ses peines de coeur ou bien encore si elle pourrait sortir avec un centriste ou pire avec un socialiste (je vous épargne la réponse).
S’en suit Kojak ou le frère de Louis Gallois qui se serait mis à faire des graphiques et de l’économie, puis Cécile Duflot qui, comme les autochtones du plateau du larzac a la voix chevrotante, saccadée et qui ferait presque passer son interlocutrice pour quelqu’un de calme, d’avenant et de zen.
On a ensuite enchaîné sur Fabien Namias (le fils de Robert qui interview la fille de JM, il est ou l’ascenseur social ?) pour poser des questions aussi piégeuses que « le 6 mai 2012, si vous etes élue, quel sera votre premier geste symbolique ? (et de parler de la venue de Mitterand au Panthéon qu’il a bien entendu faite le 10 mai 81…) dans une séquence « Pure politique » finalement assez creuse. Et de terminer sur le duo improbable Joffrin-Fourrest, censé disséquer le contenu de l’émission (et pas Marine hein) pour tenter le mettre l’invitée en difficulté. Alors là, il faut saluer le talent de David Pujadas qui a su se montrer discret et ne pas interférer dans le pugilat auquel on a assisté (comment ça il a pas fait exprès ?)

Ce qu’il faut retenir de ce premier numéro (et malheureusement pas le dernier) de Des Paroles et des Actes :

– Que le brushing de Pujadas tiens impeccablement bien au delà de la durée d’un JT
– Que Marine le Pen au bout de 2 heures vire au teint écrevisse
– Que Laurent Joffrin sait utiliser Internet
– Que France 2 avait obtenu un prix de gros pour les cravates violettes
– Qu’il est possible d’avoir un ipad géant en guise de parquet et de table
– Que 15 min sur France 2 ça veut dire 30
– Que Cécile Duflot veut stopper le nucléaire parce que c’est dangereux pour la santé mais veut autoriser le canabis parce que, globalement c’est moins mauvais pour la santé
– Que Gilbert Collard risque d’être ministre de la justice en 2012
– Que Kojak fait de l’économie
– Qu’ils ont eu un méga budget pour des chronomètres sur grand écran
– Que David Pujadas n’est définitivement pas fait pour animer un débat
– Qu’après la télé, David Pujadas pourra faire carrière à la SNCF vu sa conception approximative du respect des horaires
– Que d’après Marine le Pen les autres ont toujours tord et ne comprennent jamais rien
– Que Laurent Joffrin n’est ni très nouveau, ni très observateur
– Que France 2 a une conception toute particulière de qu’est un « nouveau » programme politique, genre on fait du neuf avec du vieux
– Que Marine le Pen a accusé Caroline Fourrest de ne pas avoir écrit ni même lu son propre livre

Vus les scores d’audience, on est certains que ce programme va continuer.

Dommage. We Miss U Arlette !

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Humeur Politique

Le parquet a encore du vil pain sur la planche

Aujourd’hui 29 janvier, au lendemain du dénouement du procès en première instance de l’affaire dite « Clearstream », qui a vu la condamnation des deux exécutants Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud ainsi que la relaxe de Dominique de Villepin, le parquet a fait connaître son intention, par la voix du procureur Jean-Claude Marin, d’interjeter appel de la décision concernant l’ancien Premier Ministre.

Quelle lecture donner à cette décision ?

Tout d’abord, une lecture judiciaire. En effet, si les réquisitions du parquet ont été suivies au mot près par le tribunal concernant Gergorin et Lahoud, il n’a toutefois pas eu gain de cause pour le cas de Villepin, la relaxe étant assez éloignée de sa conception de l’implication de l’ancien Premier Ministre dans l’affaire et des 18 mois requis assortis de 45.000 euros d’amende.
Fort naturellement, comme cela arrive très fréquemment lorsqu’il considère ne pas être satisfait de la décision prise par le tribunal et comme cela est son droit, le parquet peut faire appel de cette décision.  Ce type de décision est prise quasi quotidiennement dans l’ensemble des tribunaux français. Ce n’est donc pas une exception ou une anomalie juridique.

Néanmoins, derrière cet acte judiciaire, se cache une lecture bien plus politique de l’évènement, une lecture d’autant plus prégnante que l’affaire est tout autant sinon plus politique que judiciaire.

En effet on est tout d’abord frappé par le fait que l’appel ne concerne que la relaxe de M. de Villepin. On constate par exemple qu’il n’est pas question de rejuger Denis Robert alors que, techniquement parlant, le parquet aura les même raison de faire appel que pour M. de Villepin. Ce choix est en cela assez paradoxal et ne peut conduire qu’à en conclure que le choix n’est pas juridique, mais politique.

Mais allons plus loin. Hier, le chef de l’État, dont on sait qu’il a des intérêts personnel dans cette affaire, à clamé haut et fort par voie de communiqué son intention de ne pas faire appel. Au delà de l’incongruité de cette déclaration (rappelons que les parties civiles ne peuvent pas faire appel du jugement mais seulement des intérêts civils), on y a vu une volonté de tourner la page et un message à peine voilé à l’endroit du parquet et du procureur Marin (dont personne n’ignore sa Sarkozyte aigüe) pour que ce dernier ne fasse pas appel du jugement. Nous savons désormais qu’il n’en était rien.

Qu’elle est donc la signification de cet appel et surtout, pourquoi est il lancé ?

Bien que le Président de la République ait fait connaître publiquement et avec un certain humour involontaire sa volonté de passer à autre chose, rien n’indique qu’il n’y a pas eu malgré tout des consignes passées auprès du parquet pour que celui ci fasse appel. C’est un calcul fin et stratégique.
Tout d’abord, le fait que Nicolas Sarkozy se retire des parties civiles va le désengluer d’une polémique que sa représentation directe au procès avait fait éclore. Bien que le tribunal ait jugé légal la possibilité pour le Chef de l’État d’être représenté dans l’affaire en tant que partie civile, cela avait créé une distorsion entre le rôle de Chef de l’État et l’implication dans un procès. Plus encore, la décision finale de relaxe de Dominique de Villepin sonnait comme une défaite directe de Nicolas Sarkozy puisqu’il était directement concerné.
La procédure d’appel, si, de l’avis des juriste, n’a pas beaucoup plus de chances d’aboutir que la première instance sur une condamnation de l’ancien Premier Ministre, va permettre cette fois, dans le cas ou effectivement la relaxe serait confirmée, de détacher cette décision du Président de la République et ainsi n’infliger un camouflet qu’au seul parquet. Par ailleurs, Dominique de Villepin va perdre un peu de son statut de victime expiatoire du Sarkozysme en étant cette fois ci qu’en confrontation avec le parquet.

L’autre élément stratégique de cette décision d’appel consiste cette fois à perturber le calendrier politique de Dominique de Villepin. Ce dernier n’a pas fait ombre de ses envies et de ses projets pour 2012. Cela agace profondément l’Elysée. Mais cela provoque aussi quelques remous dans la majorité. Alors que l’UMP peine a réaliser le consensus pour les régionales, que le Chef de l’Etat n’est plus le bienvenue pour soutenir ses troupes et que les perspectives de réélection facile en 2012 ne sont plus aussi nettes, la venue d’un candidat perturbateur n’est pas désirée.
Aussi, cette procédure et ce second procès vont servir à perturber les projets de Dominique de Villepin en plus, accessoirement, de permettre au Président d’assouvir un projet de vengeance et de vendetta personnelle. Plus que la perspective de devoir lutter contre un adversaire dans son propre camp, c’est l’espoir d’enterrer définitivement la Chiraquie qui est incarnée dans ce procès.
Avec un procès prévu au plus tôt pour début 2011, on peut penser raisonnablement qu’il va occuper une bonne partie de l’année. Trop de temps pour que la Villepinie puisse agir efficacement pour les échéances de l’année suivante. Tout du moins, c’est le pari du pouvoir.

Mais, cette stratégie est a double tranchant. Le premier, on l’a dit, c’est de replonger la tête de Dominique de Villepin dans la baignoire afin de lui interdire si possible les portes de la campagne de 2012 et anéantir ses ambitions personnelles, en plus que de rendre une virginité judiciaire à Nicolas Sarkozy est l’extrayant de la nouvelle procédure. Mais, comme tous les paris, c’est un pari risqué. En effet, si depuis 2007 la visibilité médiatique et l’existence politique de M. de Villepin était assurée par le feuilleton Clearstream, la fin de celui-ci, par un dénouement heureux ou malheureux pour lui, marquait la fin d’une tribune exceptionnelle pour lui et donc une petite mort médiatique et une disparition du paysage. Relaxé, cela lui conférait un statut de victime et de héros. Probablement inacceptable pour les collectionneurs de Crocs de Boucher.
Le procès en appel va certes polluer les projets de Dominique de Villepin – encore que rien ne soit véritablement impossible si l’on est bien organisé – mais cela va relancer sa machine à communiquer pendant encore un bon moment, un temps de parole qui ne sera pas décompté puisque l’on se situe sur le terrain judiciaire.

Le parquet prend donc le risque de ne pas obtenir gain de cause tout en permettant au principal ‘intéressé de s’assurer une tribune confortable, bien que disponible à des conditions particulièrement pénible, pour encore un certain temps. Le bénéfice escompté par ce procès en appel apparaît comme bien hypothétique et fragile par rapport aux risque consentis par le parquet et derrière lui le Chef de l’État.

Dernière inconnue : l’opinion. Par delà les vicissitudes des uns et des autres, est ce que l’affaire Clearstream a et aura des influences sur les « côtes de popularités » des uns et des autres, que ce soit en bien ou en mal. Dominique de Villepin va t-il tirer un réel avantage populaire à cet « acharnement » judiciaire ou bien cela n’aura aucune influence, présumant alors qu’il était, avant le début du procès, déjà mort politiquement ? Et de l’autre côté, cette disposition de mesure qui consiste à se retirer du procès en appel va t-il servir le Chef de l’État d’une quelconque façon  ou bien cela n’aura aucun impact, présumant alors que ce procès n’intéresse au final que les commentateurs ?

Après la tournée des médias de Dominique de Villepin, nous n’entendrons certainement pas parler de l’affaire avant un bon moment, sauf sortie exceptionnelle des uns ou des autres. Rendez vous donc au prochain numéro pour la suite des aventures de Jean-Louis, Imad et Dominique au Luxembourg.