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Vaticanum : A Wikipedia Story

Temps de lecture estimé : 11 minutes

José Rodriguez Dos Santos a eu plusieurs vies avant d’écrire Vaticanum. Journaliste, reporter de guerre (excusez du peu) et présentateur du journal de 20h au Portugal. C’est un peu le David Pujadas local, qui trouve par ailleurs le temps d’écrire romans et essais, publiés depuis 1992.

Vaticanum est sa dix-neuvième publication (romans et essais confondus), son quatorzième roman et le huitième de sa série « Tomás Noronha », son héros de prédilection.

Cet historien portugais est également cryptanalyste, c’est à dire un spécialiste du décryptage des message chiffré.
Toute ressemblance avec Robert Langdon est purement fortuite…

Et l’analogie avec les ouvrages de Dan Brown ne s’arrête pas là : rythme, thématiques, champ lexical, tout ou presque tend vers une imitation à peine voilée des procédés d’écriture de l’auteur américain.

Il y a quelques mois, j’avais démarré la lecture de « Codex 632« , premier opus de la saga Tomás Noronha, lecture que j’avais assez vite interrompue, tant le plagiat l’hommage était abusivement appuyé.

Plus de dix ans et six opus supplémentaires séparent ces deux ouvrages. Les choses étaient donc susceptibles d’avoir changées. Tout du moins dans le style.

Est-ce le cas ? C’est ce que nous allons voir !

Le pitch

Après un vol par effraction de documents au sein même du Vatican par des individus de langue arabe, le héros, qui réalise des fouilles sous le Vatican à la recherche des ossements de Saint Pierre est mandaté par le Saint Père pour le cambriolage.

Le Pape lui fait part de ses inquiétudes quant aux prophéties annonçant sa mort prochaines : prophétie de Malachie, visions du Pape Pie X, révélation des apparitions de Fatima en 1917. Il met tout cela en regard des menaces précises qu’a formulé le groupe Etat Islamique à son encontre.

Une fois investi de cette mission, le héros rencontre une française, qui dirige une équipe d’auditeur chargé de passer au crible les finances et le fonctionnement du Saint Siège.

Entre temps le Pape est enlevé de manière mystérieuse. L’enlèvement est revendiqué par l’Etat Islamique à travers un message diffusé dans lequel le Pape décline un court message qui s’avérera être un message codé pour indiquer pourquoi et où il est retenu.

Le héros participe donc aux premières loges à l’enquête visant à retrouver le Saint-Père avant l’expiration du l’ultimatum indiquant que si le monde occidental ne se converti pas à l’Islam ou, à défaut, s’il ne paye pas l’impôt prévu pour les infidèles, le Pape sera exécuté sous les yeux du monde entier à minuit.

Après plusieurs péripéties et rebondissement qui voient successivement le héros se faire enlever également par les ravisseurs, s’échapper, puis se faire poursuivre par les forces de l’ordre un peu partout dans le Vatican à cause de plusieurs imbroglio (qui vont quand même provoquer l’enfoncement d’un mur à l’aide d’un blindé !), celui-ci fini par démêler le nœud de l’histoire grâce à l’auditrice française.

Sur le fil, il retrouve le Pape, manque de se faire tuer ainsi que le Saint-Père mais parvient à empêcher l’inévitable, soulageant ainsi le monde et obtenant in fine le privilège de voir ses noces prononcées par le Saint-Père en personne.

Ça, c’est pour le fond de l’affaire.

Vu comme ça, nous sommes sur une structure scénaristique classique avec son lot de mystère, de retournements de situations, de dramaturgie flamboyante mêlant haute finance, conflit mondiaux, attentats, Histoire et trahison.

L’arc narratif se tient globalement bien et le canon récursif joue à plein.

Sur le fond donc on passe un bon moment.

Mais c’est sur la forme qu’il y a finalement le plus de choses à redire.

Dites la vérité, toute la vérité, rien que la vérité

Aïe. Ça démarre mal.

Avant-même d’avoir lu la moindre ligne, l’auteur nous assène un « AVERTISSEMENT » :

« Toutes les informations historiques présentées dans ce roman sont vraies ».

Rien que ça !

Comme dans le Da Vinci Code, avec tout les inconvénients que cela implique. Forcément, avec une telle assertion, on a envie d’aller vérifier. Le « fact-checking » avant l’heure.

Mais dans le fond, on se fiche de ce genre de déclarations liminaires. L’important n’est pas de savoir si telle ou telle information est « vraie » ou pas. (On rentrera pas dans le débat sur la vérité des informations historiques…).

Après tout, nous sommes dans un roman, oeuvre de fiction par définition, genre qui accepte la déformation des faits lorsque le récit est inspirés de faits réel, chose tout de suite beaucoup moins acceptable lorsqu’il s’agit d’un travail journalistique…

En un sens, cela gâche même le plaisir de la lecture. En effet, quel intérêt de savoir « a priori » ce qui relève du réel et du fictif ? Car même avec cet avertissement, rien ne nous permet de déterminer ce qui aura été inventé par l’auteur.
Preuve que cela ne sert à rien, l’auteur conclu son ouvrage par une « Note finale » dans laquelle il résume ce qui relève de la réalité historique et ce qui relève de l’écriture fictionnelle pure.
Il est donc plus intéressant de constater « a posteriori » ce qui s’avère être des faits réels pour constater comment l’auteur les a utilisés pour servir son intrigue.

Avec cet avertissement en tête, le lecteur ne peut se départir de cette désagréable impression d’être en face d’un article Wikipédia largement romancé. D’autant que de larges pan du récit sont de longs monologues explicatifs sans relief.

C’est là que l’on entre dans le récit en lui-même et que l’on se confronte à l’un des principaux problèmes de ce roman : son rythme…

Chained to the Rythm

Nous sommes confrontés ici à deux problèmes majeurs : le rythme global du récit et le rythme de chaque chapitre.

Le roman est long : plus de six cents pages et plus d’une centaines de courts chapitre. Le récit est donc très rythmé, mais au mauvais sens du terme.

Le récit est effectivement découpé en tranches très fines, mais certaines séquences s’étendent du coup sur plusieurs dizaines de ceux-ci. Et certaines de ces séquences paraissent extrêmement longues en regard de la brièveté des chapitres qui la compose.
Caractère aggravant : les séquences les plus longues ne sont pas des scènes d’actions mais des scènes de dialogues… interminables…

Le petit graphique ci-dessous vous donnera une idée de la chose.

Que voit-on ?

Que les deux séquences les plus longues sont celles ce l’entretien avec le Pape au début et celle où le héros et l’auditrice française évoque les dérives de l’IOR et tout son historique… Ce dernier passage ne représente pas moins que 20% de l’ouvrage ! Énorme !

Plus de 40% de l’ouvrage n’est constitué que de phases d’expositions en mode « Wikipedia ». Ça fait beaucoup !

Et encore une fois, ces passages ne sont que des échanges entre deux individus, ce qui rend le tout assez lent et relativement pesant…

Tout ceci est d’autant plus pesant que l’intérieur de ces passages, est constitué de ces fameux chapitres court qui suivent tous le même « moule » rédactionnel.

Voici l’exemple type d’un chapitre :

  1. Propos introductif descriptif, reprenant les éléments de la fin du chapitre précédent (sauf pour le prologue évidemment)
  2. Phase de dialogue alternant approbation, questionnement et exclamations / Phase d’actions mêlant aller/retour ou moment de tensions dramatique
  3. Ultime phrase d’un dialogue / Ultime action
  4. Paragraphe semi-conclusif
  5. Révélation de fin de chapitre : punchline de dialogue / découverte d’un personnage ou d’une situation
  6. Fin du chapitre

La méthode du cliffhanger est bien connue et peu, à bien des égards, être utile.

Acceptable dans les séries télés, elle est peut s’apprécier avec parcimonie dans le cours du récit dans les romans.

Utilisée à CHAQUE chapitre, ça frôle presque le manque d’inspiration pour garder son lecteur en éveil.

La conséquence pratique de cette artifice d’écriture éculée digne d’un court de narration pour débutant ou pour Katherine Pancol, c’est que les personnages eux-mêmes en sont otages, comme s’ils subissaient la tournure du récit et adopter leurs attitudes et leurs répliques à la structure du récit…

Et c’est un problème puisqu’en principe l’auteur se laisse plutôt embarquer par ses propres personnages au lieu de les faire surjouer en raison d’une technique d’écriture spécifique.

Je suis un personnage, sortez moi de là !

Il y a pour moi trois éléments matérialisant le peu de consistance des personnages.

Leur charisme tout d’abord, est inexistant. Même le héros ou le Pape, dont le poids est a priori évident, ne brillent pas par leur prestance ou leur puissance évocatrice.

Ceci est renforcé par leurs avis changeants d’une seconde à l’autre. Le Saint-Père par exemple alterne entre les phases de conscience et de sagesse absolue et celles de doutes irrationnel à la limite de la peur panique non dissimulée, le tout au sein d’une même scène de dialogue sans danger…

Le héros lui-aussi qui passe régulièrement et en un clin d’œil de la détermination la plus féroce à faire la lumière sur le mystère de l’enlèvement du Pape, puis, la seconde d’après, prêt à tout abandonner pour aller siroter tranquillement un café latté alors que toute la planète est littéralement à feu et à sang…

Le doute est humain. Mais présenté de cette manière, on dirait d’avantage des enfants capricieux que des innocents confrontés à des choix difficiles…

Dernier point dramatique concernant les personnages : les dialogues.

Mon Dieu que c’est fade !

On se croirait devant un mauvais vaudeville interprété par Siri, l’assistant numérique d’Apple.

Presque tout est sans vie, convenu, d’une banalité désagréable et sans autre utilité que de souligner la naïveté de la plupart des protagonistes ou de souligner à outrance les traits de caractères que leur a conférer leur créateur.

La palme revenant sans doute à l’auditrice française qui doit réaliser une bonne centaine de sursauts de surprise à l’évocation de « révélations » par son interlocuteur et qui, malgré son pedigree d’auditrice internationale, ne sait pas reconnaître quand un raisonnement et les arguments avancés par ce dernier tiennent la route… Perturbant.

Ses réactions naïves sont d’autant plus risibles, qu’elle même se livre à des « révélations fracassantes » en plusieurs occasions et qu’elles les présentent comme tel alors que présentes dans la bouche d’un autre personnage, elle pousse des cris d’orfraie !

Bref, tout ceci est assez incohérent et inconsistant.

Vaticanum : Alors ? On le lit ou pas ?

Les fans du genre ne seront pas déçus. On retrouve le style qui a fait les heures de gloire de Dan Brown.

On apprendra au passage beaucoup de choses intéressantes sur les coulisses du Vatican. Mais attention, quand bien même le récit est détaillé, cela ne saura exonérer de lectures complémentaires, en allant notamment piocher dans la bibliographie abondante fournie par l’auteur en toute fin.

Seule vraie trouvaille de mon point de vue de ce roman : le rôle donné à l’organisation Etat Islamique, cantonnée à un rôle subalterne d’exécutant, périphérique finalement à l’intrigue principale.

Imaginer qu’un groupe terroriste mondialement connu ne puisse être, in fine, que l’instrument d’autres organismes pour réaliser de basses œuvres pourrait être plausible. Je doute que ça puisse être réellement le cas, mais sait-on jamais si ça ne s’est pas déjà produit par le passé…

Dans la veine d’un « Anges et Démons », un livre dispensable si l’on a une liste de lecture déjà fournie par ailleurs. Une petite lecture de vacances distrayante dans les autres cas !

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