Eclaircir les ténèbres

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On a tous connu à un moment de notre existence l’un de ces instant fugace où toutes les idées semblent exceptionnelles, même les plus farfelues. Ces fins de soirées entre amis où, refaisant le monde, aidé de quelques breuvages alcoolisés, on imagine mille et unes inventions « géniales » qu’on se promet de mettre en oeuvre dès le lendemain, avant que la gueule de bois ne nous rattrape bien vite et que les projets géniaux de la veille ne soient vite relégués dans les limbes des vapeurs d’alcool.

Là où germes des idées sans lendemain, certains semblent y trouver non seulement le lit de leur inspiration mais également le terreau fertile de leur productivité.

Car si certains chef d’oeuvre sont nés sous acide, ce qui reste dangereux et rare, d’aucun n’ont semblent-ils pas assez de recul sur leur délire éthylique pour se rendre à l’évidence qu’une idée doit être abandonnée.

Car comment imaginer que le roman du jour ne soit pas le fruit d’une accumulation d’accès. Excès de confiance très certainement car quoique séduisante sur le papier, et très dans l’ère du temps à la sauce « Fantasy de bas étage à la sauce wikipédienne », Nicolas Bouchard signe avec « Eclaircir les ténèbres » une tentative aussi maladroite que pénible de conjuguer plusieurs genres au sein d’un récit qui se veut épique.

Mais à vouloir être partout, on finit par être nulle part et l’auteur, sans doute plein de bonnes intentions au départ, s’est perdu dans son propre méandre. 

Se voulant comme le point de départ d’une grande fresque de ce qui s’apparenterait à de la « Fantasy » (au sens le moins noble du terme), sur une toile de fond historique, le roman peine à se hisser au niveau de la trame narrative d’un épisode du Donjon de Naheulbeuk (la qualité et l’humour en moins) rushé dans un livre formaté par le professeur d’écriture de Catherine Pancol.

Le récit suit les canons du genre à la lettre, et quand on dit ça il faut presque lire « à la virgule » tant les éléments sont posés selon un patron surexploité par quantité d’auteurs en tous genre et la seule bouée de sauvetage qui ait été trouvée, fut de faire appel à l’Histoire avec un H.

Si d’Histoire il est bien question, elle ne sert que de prétexte pour intriguer le lecteur à travers la couverture et le résumé. 

Passés les premiers chapitres, force est de constater que l’intrigue aurait très bien pu se dérouler dans une univers tout à fait imaginaire, sans aucune « assise » historique. Descartes fait figure de héros pâle et standard, sans charisme ni véritable personnalité en dehors de celle qu’on attribue aux stéréotype de ce genre romanesque. Héros presque malgré lui, sa présence ne sert ni le propos ni à célébrer la mémoire du grand homme. 

Là où Tolkien parvenait à transposer sans filer une allégorie grossière l’esprit de son époque dans une épopée prenant pourtant place dans un univers nouveau et inédit, la tentative de Nicolas Bouchard tombe à plat en ce qu’elle ne fait honneur ni à l’imaginaire ni à l’hommage.

Les extraits de l’oeuvre de Descartes en incipit de chaque chapitres ne résonnent que comme de vaines tentatives pompeuses de l’auteur d’intellectualiser son récit qui n’est au final qu’un nième roman d’action ou la faiblesse de la dimension fantastique se le dispute au ridicule d’une vallée imaginaire du jura digne de Sodome et Gomorre. 

Malgré toutes les faiblesses du propos, le style est par moment plaisant et quelques dialogues relèvent quelque peu le tout. 

On ne pourra que déconseiller cette lecture incertaine, qui ne permet d’en apprendre d’avantage ni sur Descartes ni sur le Jura. Et on doute bien évidemment du bien fondé d’une trilogie déjà annoncée, cédant par là à un effet de mode hélas trop répandue depuis l’âge d’or de Star Wars. 

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