Des paroles (en l’air) et des actes (manqués)

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Hier soir était diffusée sur France 2 la première édition de « Des Paroles et des Actes », le nouveau magazine politique de la chaîne, avec, comme invitée Marine Le Pen. Ambiance.

Ça devait être le « über » rendez vous politique de France 2 avant les présidentielle. L’émission taillée sur mesure pour David Pujadas par son grand ami Thierry Thuilliez. Un invité au top de l’actu – Marine le Pen – confronté à divers journalistes politiques ou économiques, agrémenté d’un débat avec un contradicteur, dans le cas d’hier soir : Cécile Duflot (oui, on a le gout du risque à France télés).

Hélas, on a été très loin de la qualité et des ambitions annoncées. Un erzatz de parodie de « l’Heure de vérité » pour au final accoucher d’une vrai usine à gaz ou l’on n’apprend rien. Pour tout dire, on a regretté Arlette Chabot. Des intervenants pas convaincants, brouillons (ils ne sont il est vrai pas aidé par le rythme soutenu imposé par le « concept » de l’émission) et surtout assez transparents. Un David Pujadas absent de sa propre emission, n’arrivant ni à tenir les délais que lui même annonce, pas plus qu’il n’arrive à diriger correctement les intervenants et peine a s’imposer comme animateur.

Il faut dire que pour une première, France 2 n’a pas fait dans la dentelle. Histoire de buzzer un peu, Marine le Pen comme « marraine » c’était un peu gonflé… Certes elle est (était ?) haut dans les sondages et puis surtout il fallait quelqu’un qui ne refuserait pas de se prêter au jeu de la nouvelle émission politique pré présidentielle, lancée avant l’été (WTF ?). Comment être sur qu’un invité vienne ? Et bien prendre celui qui se plaint sans arrêt de ne pas passer suffisamment à la télé semble être la solution. Et ça n’a pas loupé, puisqu’elle a presque lancé son propos là dessus.

Pour le reste, un seul moment de bravoure dans la dernière « séquence » (décidément le mot à la mode chez les journalistes audio visuels), quand Caroline Fourrest, citant le site internet du FN, croit déceler un raisonnement étrange liant la soit disant « faiblesse » des candidats recrutée dans l’armée au chiffre de 20% de ces mêmes recrues qui sont de confessions musulmane. Au final, Marine le Pen esquive en s’en prenant violement au livre que cette dernière lui a consacré (et qui va certainement déboucher sur une plainte pour diffamation). David Pujadas, dans un rare moment d’audace en toute fin d’émission reposera la question (alors que le générique à déjà démarré) sur cet amalgame. MLP bottera en touche en indiquant dans la confusion la plus totale du plateau que les deux phrases incriminées étant séparées par un point, le lien n’est pas aussi évident que cela (mouais…). Beaucoup de cacophonie en plateau pour une fin d’émission censée revenir sur les propos tenus pendant l’émission et pas sur le contenu d’un site internet.

Debrief d’une soirée pénible.

D’abord une psychologue entremetteuse, qui revient en long, en large et en travers sur le passé de l’invitée, sa famille, le fardeau paternel, la solitude et puis ses peines de coeur ou bien encore si elle pourrait sortir avec un centriste ou pire avec un socialiste (je vous épargne la réponse).
S’en suit Kojak ou le frère de Louis Gallois qui se serait mis à faire des graphiques et de l’économie, puis Cécile Duflot qui, comme les autochtones du plateau du larzac a la voix chevrotante, saccadée et qui ferait presque passer son interlocutrice pour quelqu’un de calme, d’avenant et de zen.
On a ensuite enchaîné sur Fabien Namias (le fils de Robert qui interview la fille de JM, il est ou l’ascenseur social ?) pour poser des questions aussi piégeuses que « le 6 mai 2012, si vous etes élue, quel sera votre premier geste symbolique ? (et de parler de la venue de Mitterand au Panthéon qu’il a bien entendu faite le 10 mai 81…) dans une séquence « Pure politique » finalement assez creuse. Et de terminer sur le duo improbable Joffrin-Fourrest, censé disséquer le contenu de l’émission (et pas Marine hein) pour tenter le mettre l’invitée en difficulté. Alors là, il faut saluer le talent de David Pujadas qui a su se montrer discret et ne pas interférer dans le pugilat auquel on a assisté (comment ça il a pas fait exprès ?)

Ce qu’il faut retenir de ce premier numéro (et malheureusement pas le dernier) de Des Paroles et des Actes :

– Que le brushing de Pujadas tiens impeccablement bien au delà de la durée d’un JT
– Que Marine le Pen au bout de 2 heures vire au teint écrevisse
– Que Laurent Joffrin sait utiliser Internet
– Que France 2 avait obtenu un prix de gros pour les cravates violettes
– Qu’il est possible d’avoir un ipad géant en guise de parquet et de table
– Que 15 min sur France 2 ça veut dire 30
– Que Cécile Duflot veut stopper le nucléaire parce que c’est dangereux pour la santé mais veut autoriser le canabis parce que, globalement c’est moins mauvais pour la santé
– Que Gilbert Collard risque d’être ministre de la justice en 2012
– Que Kojak fait de l’économie
– Qu’ils ont eu un méga budget pour des chronomètres sur grand écran
– Que David Pujadas n’est définitivement pas fait pour animer un débat
– Qu’après la télé, David Pujadas pourra faire carrière à la SNCF vu sa conception approximative du respect des horaires
– Que d’après Marine le Pen les autres ont toujours tord et ne comprennent jamais rien
– Que Laurent Joffrin n’est ni très nouveau, ni très observateur
– Que France 2 a une conception toute particulière de qu’est un « nouveau » programme politique, genre on fait du neuf avec du vieux
– Que Marine le Pen a accusé Caroline Fourrest de ne pas avoir écrit ni même lu son propre livre

Vus les scores d’audience, on est certains que ce programme va continuer.

Dommage. We Miss U Arlette !

Maître de ces lieux

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