Tuer jupiter

Tuer Jupiter de F. Médeline : le top de la rédaction de CE2

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Tout est KO…

Avec « Tuer Jupiter« , François Médecine commet la « caution » politique de la rentrée littéraire 2018.

Vous savez « LA » rentrée littéraire. Un évènement marketing plus ou moins symbolique qui s’est transformé d’année en année en un concours de « celui-qui-aura-la-plus-longue » pour savoir qui publiera le plus grand nombre de « nouveautés » quand vient la fin de l’été.

En résulte un maelström insondable où l’on est à peu près certain de tomber sur un truc pas à son goût parmi un océan de choses qu’on ne cherchait pas.

En somme, un peu comme un premier jour de soldes ces Zara ou une recherche sur Google.

Bref. C’est un autre sujet.

Pitch, le résumé de potche

Emmanuel Macron, président de la République Française a été assassiné. Le pays est sous le choc.
Le livre démarre le jour où l’on fait entrer le chef de l’état défunt au panthéon. Ces premiers instants sont l’occasion pour l’auteur d’imaginer ce que serait la situation en pareil cas, de la couverture médiatique au ballet des politiques qui se voient déjà prendre sa place en passant par Brigitte, dont l’attitude altière force l’admiration (ou la détestation – comme aujourd’hui quoi).

L’auteur en profite pour égratigner assez singulièrement Gérard Larcher, président actuel du Sénat, qui devient en de pareilles circonstances de facto Président de la République par intérim, comme le prévoit la constitution.

Je dois avouer ne pas saisir pourquoi plusieurs romans tournant autour d’un empêchement du président, que ce soit par décès ou démission, prennent un malin plaisir à dépeindre le président du Sénat en exercice comme un loup affamé de pouvoir, n’attendant que le jour où ils pourront sans forcer prendre la place suprême.

On peine à comprendre ce que cherche à nous dire les auteurs à travers ces descriptions peu flatteuses.
Les hommes politiques accédant au pouvoir sont-ils tous pour eux des arrivistes et des personnes avides de pouvoir ? La constitution de la Ve République est-elle aussi mal conçue qu’un homme non élu par le suffrage universel direct peu ainsi accéder aux plus hautes fonctions de l’état de manière indue ? Il faut pourtant bien que la continuité de l’État soit garantie, non ? Ou alors, comme je le soupçonne, il ne s’agit que de « se payer la tête » à peu de frais du troisième personnage de l’état, car après tout, le sénat ça ne sert à rien, ça coûte cher et qu’il n’y a pas de mal à brusquer un peu ces vieillards engourdis.

Bref, Gérard Larcher en prend largement pour son grade et passe pour le dernier des falots.

Be kind : rewind

A partir de ce momentum, le récit se déroule de manière antéchronologique.
On remonte ainsi le temps assistant à un mélodrame quasi comique avec un Gérard Collomb inconsolable. Quand on sait qu’il démissionnera finalement dans la vraie vie, cela donne un saveur toute particulière à ce comportement quasi mystique de ce vieux ministre ressentant dans sa chair la disparition d’un être aimé.
Cette attitude contraste d’autant plus avec celui de Brigitte, qui, droite dans l’adversité, ne laisse pas transpirer autant de détresse et ne se laisse pas aller.

Bref. Gérard aussi en prend pour son grade.

Mais au-delà de ces quelques clichés savoureux de notre personnel politique actuel (qui épargne assez étonnamment le parti du président qui regroupe pourtant le plus grand nombre de ses fans enamourés) le roman propose bel et bien de nous expliquer ce qui a conduit à l’assassinat de notre bon président avec des chocolat empoisonnés.
On s’attendait à une histoire de cordon bleu vérolés, mais l’auteur n’aura pas poussé la moquerie jusque-là.

Et c’est là que le bât blesse…

En voilà une idée qu’elle est bonne !

Tuer Jupiter est un ouvrage à classer parmi les projets nés sur une intuition boiteuse. Ou plutôt à ce qu’une partie des gens pensent être un genre littéraire à part entière, et qui s’appellerait « Et qu’est ce qui se passerait si ? ». 

Sauf qu’une dystopie ne fait pas forcément un bon bouquin. 

Si un postulat de départ audacieux permet d’entrapercevoir une intrigue passionnante, ce postulat seul ne permet pas de soutenir tout le récit. 

Et si indéniablement le roman est parsemé de moment de bravoure, ceux-ci sont hélas anéantis par des faiblesses d’écriture impardonnable…

Alors oui, bravoure il y a, comme ces moments savoureux où Donald Trump est trollé comme jamais ou encore cette pseudo satyre des réseaux sociaux quand, au lieu de consacrer plusieurs chapitres classiques au déroulé attendu et convenu des événements, l’auteur reconstitue une timeline Twitter, qui sonne juste et que l’on retrouverait très certainement sur nos écrans.

Ce « live-tweet » de l’actualité permet de mesurer le glissement de notre société vers l’information spectacle, l’absence de filtres qui fait lit des intox et autres fake-news relayées sans relâche soit par malveillance soit par ignorance.

Mais par-delà ces quelques fugaces idées lumineuses dont la lecture est par moment jubilatoire, on peine à s’extraire d’une narration brouillonne qui dilue inutilement le sens du propos.

Ainsi on ne compte plus le nombre de chapitres parfaitement inutiles, ceux dont on constate qu’une fois retirés du livre, ils ne manquent pas, signe que ni leur fond ni leur forme ne contribuait d’aucune façon à l’intrigue.

De même, l’auteur semble prendre plaisir à abuser des répétitions, un effet rarement porteur de sens, sauf en de très rares occasions, et que les plus élémentaires leçons de grammaires et d’écriture invitent à éviter.

Alors, on en pense quoi ?

Je dois avouer avoir été très en colère à l’issue de cette lecture. Non que je sois une groupie d’Emmanuel Macron dont la perspective du décès serait de nature à me plonger dans des abysses de dépression, mais plutôt parce que ses faiblesses d’écriture et son emploi maladroit d’une structure antéchronologique donne le sentiment d’avoir achevé un mauvais roman.

Alors qu’en réalité, une fois reposé l’ouvrage, et digéré ses dernières lignes, les choses apparaissent nettement moins simplistes qu’elle ne semblent l’être.

Passée l’ironie et la moquerie, l’auteur nous propose une intrigue qui, et c’est triste à dire, est tout à fait vraisemblable. De là à dire qu’un tel scénario puisse effectivement se dérouler dans le monde réel, il y a un pas à qu’on ne franchit pas encore.
Mais force est d’admettre que ceux qui sont responsables dans le livre seraient tout à fait capable d’imaginer de tels procédés et le seul fait de l’admettre fait froid dans le dos.

Donc au final une lecture un peu pénible en raison d’une écriture qui sabote le propos. Dommage, car le fil directeur, s’il avait été moins confus aurait pu être développé plus convenablement pour lui donner plus de force.

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